Századok – 1985
Tanulmányok - Hanák Péter: A másokról alkotott kép. Polgárosodás és etnikai előítéletek a magyar társadalomban (a 19. század második felében) V/VI 1079
1104 HANÁK PÉTER préférence dans les Allemands de Hongrie des hommes chétifs, veules et bureaucratiques, tandis que dans les Juifs des personnages grotesques, avides d'argent. Face à eux, le Hongrois bien bâti, de belle allure, a de l'avantage même pour l'apparence extérieure et éveilleit la sympathie du lecteur. Ensuite, avec le texte de parodies de l'époque, il montre comment la majorité imitait, en les bafouant, les faiblesses linguistiques des minorités cherchant à s'assimiler. En dehors des aspects caractérologiques, l'imitation de la manière de parler permet de tirer des conséquences socio-linguistiques, et offre des informations sur la mentalités des caractérisés (ou bafoués). Il n'y a pas de doute que la manière de parler, le style marque l'homme, sa mentalité. Par l'analyse de la mentalité on atteint une couche plus profonde des rapports entre l'ethnie et le caractère personnel. La manière de penser, le comportement, les coutumes, et la hiérarchie des valeurs — formée par l'histoire et variant avec l'histoire — que ceux-ci couvrent, révèlent en général des traits caractéristiques d'une ethnie, de ses strates marquantes. De pareils traits de Hongrois, Allemands, Juifs, sont décrits dans cette étude aussi, mais l'auteur se montre prudent avec ces caractéristiques, étant d'avis qu'il y a fort peu de traits dont on puisse démontrer la présence durable, caractérisant réellement une seule ethnie, une nation. L'auteur résume comme suit les acquis des recherches sur les mentalités. 1. Dans tous les cas l'image de l'autre se forme sous une interinfluence stricte de l'image que l'on a de soi-même. Vu que dans les rapports des groupes et ethnies ayant entre eux des contacts réguliers le cas typique est le conflit, la prise de conscience de sa propre identité positive provoque, dans la plupart des cas, la création d'une image négative des autres groupes. Cette régularité des rapports entre l'image de soi-même et l'image de l'autre explique que dans toutes les régions du monde les groupes ethniques en interactions permanentes se forment, les uns des autres, de pareils stéréotypes. 2. L'image de l'autre est formée non seulement par les différences ethniques, la langue différente, les coutumes et la hiérarchie des valeurs, mais aussi par les rapports sociaux entre celui qui crée cette image et son sujet. Vu que dans la Hongrie du siècle dernier c'est la noblesse foncière et plus tard la classe moyenne dite « de bonne naissance » qui ont formé l'image des serfs slovaques, ukrainiens, roumains, serbes, des bourgeois allemands et juifs, il est compréhensible que cette image reflétait les préjugés nobiliaires, le dédain des «bien-nés» envers le paysan-serf et le bourgeois trafiquant. 3. Dans l'image de l'autre les qualités qui manquent à notre propre groupe revêtent une forme amplifiée, souvent contrefaite comme en caricature, avec un accent d'appréciation souvent négatif. (Si les Allemands ont un penchant aux spéculations abstraites, les Hongrois n'aiment pas les abstractions, — si les Allemands sont épargnants, donc «avares» les Hongrois sont généreux, vus du côté opposé ils sont « gaspilleurs ». Si le Juif est débrouillard et a le sens des affaires, alors le Hongrois dédaigne le trafis: vu de l'autre côté il est «paresseux», «pas débrouillard du tout». 4. Une des méthodes de déformation est de caricaturiser, de dévaloriser les qualités des autres groupes qui manquent au nôtre. L'autre méthode est de transférer dans l'image des autres groupes, surtout hostiles, les traits qui existent chez nous aussi, mais dont nous avons honte. On peut prendre pour un phénomène général qu'un individu ou un groupe ou bien transforme ses mauvaises qualités, ses fautes en vertus, ou bien il les met sur le dos du groupe adverse. Ce mécanisme de transfert apparaît dans l'image créée des Allemands et surtout des Juifs: ces minorités figurent dans la caractérologie de la majorité comme des groupes égoïstes, avides d'intérêts, brutaux, pas honnêtes. A l'époque de la floraison du nationalisme l'image de l'autre avait dans toutes les nationalités cohabitantes des stéréotypes négatifs. Ces préjugés non-cognitifs, ces stéréotypes sè répandaient avec une intensité extrême dans l'opinion publique, même des couches inférieures, et contribuaient, pendant les décennies d'avant la première guerre mondiale, à la large conquête du nationalisme attisé par les milieux dominants.