Századok – 1955
Krónika - A történészfront hírei - 308
326 RÉSUMÉ présentant plusieurs importantes particularités spécifiques, évoluait parallèlement au développement de la nation hongroise. Le déploiement des conditions engendrées par le capitalisme imprima aussi un nouvel essor aux mouvements nationalitaires. C'est la Hongrie multinationale que la noblesse moyenne, désireuse de créer un État bourgeois hongrois, considérait comme son débouché national. Aussi voulut-elle mobiliser contre l'oppression exercée par l'Autriche les forces du pays tout entier. Telle était la base de sa politique nationalitaire qui, elle, avait adopté pour point de départ la maxime »qui dit nation, dit aussi État«. Il découlait de cette maxime que les nationalités appartenaient, elles aussi, à l'édifice étatique de la nation hongroise, et que les aspirations nationalitaires ne pouvaient aller à l'encontre des intérêts de l'État hongrois. D'une part, la noblesse moyenne entendait, par ce principe idéologique, justifier sa tendance à magyariser les peuples non-hongrois, d'autre part, elle qualifiait d'atteinte à l'intégrité de l'État hongrois les revendications même les plus modestes des mouvements nationalitaires. C'est à juste titre que les mouvements toujours croissants des nationalités inquiétaient la noblesse moyenne hongroise, engagée dans une lutte acharnée contre la réaction autrichienne. Cette inquiétude était aggravée par la politique de la Cour viennoise, politique très efficace qui, fondée sur le principe »divide et impera«, visait à faire naître des conflits entre les Hongrois et les nationalités. Dans les années quarante, cette politique fut pratiquée plus énergiquement encore : elle était d'ailleurs facilitée dans une très large mesure par la politique nationalitaire oppressive de la noblesse moyenne. Aux yeux des contemporains, c'étaient les mouvements nationalitaires slaves qui, en raison de la peur qu'inspiraient l'union des Slaves d'une part, la Russie tsariste de i'autre, constituaient la plus grave menace. Malgré cette crainte, très peu fondée du reste, les chefs de l'opposition hongroise ne parvinrent pas à concevoir une politique nationalitaire juste : ils soulignaient qu'il suffirait de garantir aux nationalités opprimées les libertés civiles — sans liberté nationale — pour résoudre du même coup le problème des nationalités. Ils ne reconnurent pour à peu près légitimes que les revendications des Croates qui, eux, jouissaient de privilèges féodaux. Cependant, le mouvement national croate, rallié à l'absolutisme autrichien, estimait que les concessions lui accordées étaient insuffisantes. Sur le plan de la politique nationalitaire prônée par le mouvement d'opposition de la noblesse moyenne, Kossuth, Wesselényi, Deák et les autres chefs politiques adoptèrent en substance une seule et même attitude. Cette politique nationalitaire s'élevait avec violence contre les relations culturslles progressistes de plus en plus solides, qui s'établissaient entre les peuples slaves et croyait — à tort, cela s'entend — découvrir la menace panslave même dans la sympathie toujours croissante des peuples slaves de Hongrie pour la culture russe progressiste. À ce nationalisme, les nationalités opposèrent un nationalisme du même genre, et quand on les accablait de calomnies — ce qui était surtout fréquent au cours des polémiques suscitées dans la presse—-, elles ripostaient en calomniant à leur tour la nation hongroise. La noblesse moyenne hongroise eut raison de faire reconnaître à la Diète de 1844 le hongrois comme langue officielle de l'administration — ce fut une victoire enlevée de haute lutte —, elle commit cependant une faute très grave en n'autorisant pas les comitate, habités par des nationalités à introduire, ne fût-ce que dans l'enseignement, l'usage de la langue des nationalités intéressées. Par cette politique, elle entendait entretenir, à travers l'école, un lent processus de magyarisation. Simultanément, une forte campagne de magyarisation se poursuivait au sein de l'Église luthérienne, action qui affectait avant tout les Slovaques. C'est surtout par la méthode que la politique nationalitaire de Széchenyi, résumée par celui-ci dans le célèbre discours qu'il prononça en 1842 à l'Académie des Sciences de Hongrie, différait de celle préconisée par l'opposition. Bien que, pour le problème essentiel — magyarisation et oppression des nationalités —, il fût d'accord avec l'opposition, il réprouvait la magyarisation forcée et le manque d'égards vis-à-vis des nationalités. Ses opinions étaient un amalgame d'éléments positifs et négatifs, et le contenu positif qui semblait s'affirmer dans sa politique nationalitaire s'accompagnait d'efforts en vue de sauvegarder le féodalisme. Il convient de faire une distinction très nette entre la politique nationalitaire de Széchenyi et celle de l'aristocratie bien pensante. En effet, l'aristocratie ne feignait de réprouver la politique de magyarisation, pratiquée à l'égard des nationalités, qu'à la seule fin de gagner les mouvements nationalitaires à sa lutte contre l'opposition hongroise. C'est à l'octroi des libertés civiles aux nationalités, revendication la plus positive de la politique de Széchenyi et de la noblesse moyenne, que s'attaquaient les aristocrates /