Petőfi gyüjtemény - B sorozat / 45-ös doboz

QUINZAINE LITTERAIRE LES GRANDS ÉVOLUTIFS Tous les hommes changent avec l’âge et tous prennent une concep­tion de plus en plus large de la vie. La douleur surtout frappe à mesure des années à toutes les portes du sentiment, les ouvre sur des régions nouvelles de Tâme, amplifie l’horizon moral. Il semble qu’ainsi le déve­loppement de l’être se poursuive par grandes étapes jusqu’aux extrêmes limites de l’existence, et des bourgeons commencent seulement à fris­sonner et à fleurir, alors que les racines perdent leur sève et que la tige se raccornit. Ce fait universel prend une valeur toute spéciale chez les hautes intelligences. Les acquisitions multiples de la sensibilité, l’école de la souffrance, les crises de la quarantaine, de la cinquantaine et de la soi>antaine éclairent d’une lumière imprévue la réflexion et la culture. On voit, spectacle admirable, de vastes esprits changer leur route, dépo­ser et dédaigner parfois le bagage brillant de leur gloire et marcher d’un pas affaibli, mais certain, vers ce qui leur est apparu comme vrai à la faveur de leur évolution. Voici le comte Léon Tolstoï. Il avait écrit des livres d’une objectivité complète, d’un saisissant relief. Son ferme regard transmettait la nature au robdste cerveau qui l’organisait, la haussait, la rendait à l’admiration de ses contemporains par maint chef-d’œuvre. L’auteur de Guerre et Paix nous apparaît encore comme un inattaquable représentant du réa­lisme. Il ne jugeait rien; il racontait; il enchaînait les documents, les souvenirs, les traits de caractère avec l’indépendance, la vigueur d’un naturaliste tel que Darwin, d’un physiologiste tel que Claude Bernard. Toute son énergie sentimentale, il la donnait à ses personnages; il créait leurs types avec sa force, et cette force et ces types sont et resteront inoubliables. Sans doute, selon le mot de Goêthe, sa poésie, c’était déli­vrance. Et voilà qu’un beau jour sa poésie ne le délivre plus. Il se joue en lui un de ces drames intimes auprès desquels Ibsen paraît pâle. Un tremblement de conscience brusque, amené peut-être par une infinité de causes lentes, lézarde sa vision réaliste du monde. Au fond de chaque

Next

/
Oldalképek
Tartalom