Petőfi gyüjtemény - B sorozat / 45-ös doboz
LA POÉSIE HONGROISE Par» Bemard Inhalier» Ce qui frappe surtout, lorsque l’on parcourt les poésies hongroises, c’est moins les subtilités de la forme, l’ingéniosité des métaphores, la richesse du rythme que le sérieux de la pensée. Et, comme ce n’est point chez quelques poètes, mais chez tous, que s’accuse cette tendance à une gravité toujours sombre et sans éclaircie, l’on en peut déduire qu’il y a au fond de l’âme hongroise une mélancolie dont la source n'est point encore tarie. Provient-elle, cette mélancolie séduisante malgré tout, de ce que l’histoire du peuple hongrois fut traversée d’événements critiques ? Par sa situation géographique, le pays des Magyars a été obligé, en effet, de recevoir sur ses propres champs de bataille un sang généreux et ce ne fut pas toujours le succès qui récompensa la bravoure, l'indépendance que racheta le sacrifice. Les influences sous lesquelles s’est développé l’esprit hongrois sont visibles. Elles garantissent la spontanéité des poètes de cette race séduisante, qui semblent avoir été tous nourris du même suc et, comme des miroirs fidèles, refléter volontiers les mêmes impressions. Les souvenirs douloureux de leur patrie et la tristesse que dégagent les vastes horizons les ont imprégnés. De même les buées qui se résolvent en pluie fine pénètrent les corps et, plus que les tempêtes, ont tôt fait de s’en rendre maîtres. Les grandes crises laissent moins de traces de passage que les crises légères qui se continuent ou se répètent. C’est donc, sans doute, aux deux causes que nous venons de signaler qu’il faut