Folia Theologica 1. (1990)

Ferenc Szabó: Pázmány théologien

62 F. SZABO parce qu’elles étaient inspirées dans chaque camp par l’effort de rationalisation trop peu respectueux du mystère.”24 Toutefois, on ne peut pas déclarer „périmée” cette problématique, la question du rapport entre grâce et liberté humaine (surnaturel et nature), car elle touche au coeur même du Mystère chrétien. A partir de Saint Augustin, à travers Luther et le Concile de Trente jusqu’aux PP. Rousselot, Sertillanges et H. de Lubac, on tentait de concilier deux attitudes contraires, deux séries d’affirmations apparemment contradictoires, trouver la voie moyenne entre Pélage et Luther, comme Pázmány l’a signalé dans son Hodegus (OC IV 491-492. Pázmány, dans le XII de son Hodegus expose la doctrine catholique sur la justification; ici, comme ailleurs, son oeuvre hongroise puise des cours de théologie donnés à Graz.) Certes, il nous est très difficile d’éviter les anthropomorphismes quand nous parlons de Dieu, de sa prédestination; de sa préscience, de son agir etc., mais il faut critiquer les molinistes comme les banesiens (qui parlent de „prémotion physique”!). Saint Thomas nous aide à découvrir la transcendance de Dieu, au moins dans l’interprétation d’un P. Sertillanges: il nous faut engager, „selon le conseil de Bossuet, à tenir les deux bouts de la chaîne, à affirmer la transcendance de Dieu sous notre relativité, à maintenir pourtant celle-ci en tous ses modes: nécassaires, contingents et libres, et ce n’est pas assez pour avoir le droit de dire: nous conciliions la liberté, la contingence avec l’activité divine... Ceux qui croient dire ici quelque chose ignorent ou le problème se pose et à quel ordre d’obscurité il appartient... Tel est l’état d’esprit de ceux qu’on a appelés molinistes. Le nombre en est plus grand que celui des disciples conscients de ce médiocre philosophe. Il comprend le nombre infini de ceux que l’anthropomorphisme a touchés et qui ne savent pas voir ce qu’il y a sous cette formule: Dieu est transcendant.”25 Si l’on conçoit bien le rapport entre la Cause première et la cause seconde, comme l’a fait Pázmány, en suivant Saint Thomas, on comprend que l’action de Dieu (la grâce) nous rend créateur, auto-créateur (libre): ,J)eus facit nos facere” (00 IV 270-271). 24. H. de LUBAC, Petite catéchèse... p.87. 25. Cité par RONDET, Essais sur la théologie de la grâce, pp. 216-217.

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