Folia Theologica 1. (1990)
Ferenc Szabó: Pázmány théologien
PÁZMÁNY THÉOLOGIEN 51 transformera l’homme d’Aristote, comme la grâce rénove la nature sans en violenter la structure originelle.”11 C’est donc un propos bien sommaire de traiter Saint Thomas d’aristotélicien. Il faudrait signaler ici — comme l’a fait le P. Chenu11 12 — l’évangélisme de Saint Thomas, puis tout ce qu’il a puisé de la tradition augustinienne. Hélas, beaucoup de théologiens au XVIe siècle croient qu’il leur faut renoncer à Augustin pour mieux s’ouvrir à l’homme de la Renaissance: „catastrophe ou il semble que parfois on ait abandonné Augustin à Luther ou à Jansénius. Saint Thomas, dans la renaissance médiévale, pourra opter contre certaines sources néoplatoniciennes d’Augustin, il restera, en doctrine théologique et en qualité spirituelle, son fidèle disciple.”13 Luther, on le sait, avait connu une scolastique nominaliste (notamment celle de G. Biel); il méprisait cette scolastique-là, et, moine augustinien, il a pris comme maître Augustin. On comprend que les controversistes, tel un Bellarmin, un des maîtres de Pázmány, soient augustiniens. Pázmány se réfère le plus souvent à Saint Augustin dans ses écrits hongrois, mais déjà dans sa théologie scolastique. À l’époque de Pázmány, les théologiens devaient tenir compte des idées hérétiques protestantes sur la justification, sur le „sola fide”, le „sola gratia”. Luther a formalisé son expérience religieuse existentielle (paulinienne et augustinienne à sa manière). L’Evangile fait passer l’homme de la loi à la foi. Le sola fide est sa réponse au sola gratia, à la grâce dans laquelle Dieu nous donne inconditionnellement la justice, sans aucun mérite de notre part. L’homme croyant s’abandonne avec confiance à la miséricorde de Dieu promise dans le Christ. L’homme justifié par la foi, malade en voie de guérison, demeure pécheur et pénitent. „Le sola fide et le sola gratia sont logiquement reliés au sola Scriptura, puisque seule l’Ecriture atteste pour nous la Parole de Dieu. 11. M.-D. CHENU, Introduction à l’étude de Saint Thomas d’Aquin, 1950, pp. 26 et 28 12. CHENU, ibid. pp. 38-51. 13. Ibid. p. 47.