Tátrai Vilmos szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 88-89.(Budapest, 1998)

PÓCS, DÁNIEL: Giovanni Battista Naldini: Les Trois Grâces avec Amour. Un maniériste florentin sur la trace de Botticelli, Raphaël, Borghini

« Ma faîta Amor la sua bella vendetta, / Mossesi lieto pel negro aere a volo » 49 A la différence du tableau de Botticelli, celui de Naldini représente effectivement l'Amour sur fond de ciel sombre. Sans oublier que notre peintre avait une prédilection marquée pour les nocturnes, il aurait pu en l'occurrence se conformer aussi bien à la description dont nous venons de parler. 50 La représentation de l'Amour avec les attributs de Mercure et de Vénus sur le ta­bleau de Budapest a aussi une autre explication. Selon Cicéron, l'un des cupidons était l'enfant de Mercure et de Vénus. 51 Cette variante mythologique, introuvable ailleurs dans la littérature antique, est ressuscitée à l'époque de la Renaissance dans les œuvres figurant l'éducation de Cupidon, dont font partie notamment la toile de Londres déjà mentionnée de Corrège et le relief de Bertoldo di Giovanni. 52 La représentation de l'Amour avec ces deux attributs renvoie d'une part aux Grâces et d'autre part à sa propre filiation divine. Déjà dans la littérature antique, et encore plus dans les milieux néoplatoniciens de Florence, les Trois Grâces incarnaient une sorte d'harmonie, de plénitude fondée sur l'idée de la trinité. Parmi les nombreuses possibilités d'interprétation, nous devons souligner celle qui oppose l'idéal ternaire au jugement de Paris. Les divers mélanges de ces deux sujets antiques dans la Renaissance sont abondamment traités - de Filippino Lippi à Jacopo Zucchi - par Nancy Lodge Webbe. 53 Certaines compilations visuelles de l'œuvre de Naldini peuvent également dériver des représentations du Jugement de Paris. L'un des exemples en est précisément la figure de Cupidon aux attributs insoli­tes. C'est là que se trouve l'origine du bambin ailé répandant des fleurs et exhibant un caducée. Une estampe plus proche de nous, exécutée en 1589 d'après un tableau de Hans von Aachen, montre l'un des cupidons, des fleurs à la main, apparaissant juste­49 Aby Warburg: Sandro Botticellis « Geburt der Venus » und « Frühling », Baden-Baden 1980, p. 51. 50 Une fois au moins le nocturne et les faibles lueurs si caractéristiques du style de Naldini ne sont sûrement pas le fruit de sa propre imagination, mais répondent à des exigences formulées par Borghini. A propos du tableau intitulé Judith avec la tête d'Holopherne, ce dernier notait en effet: Varrel che questo quadra, dove si mostra la testa, fussi oscuro et paressi notte da dovero: scrive Plinio (eccovi la dottrina in campo), che fu molto celebrato dun'pittore un fanciullo che soffiava nelfuoco, che quello splendore gli rihatteva nella hocca et per certi muri délia casa, corne la vostra notte di Camaldoli et d'altri, che nel vostro lihro raccontate: ditelo a Batista voi et dateli il modo. Les deux tableaux de Vasari, mentionnés dans la lettre qui lui a été adressée, représentent tous les deux la Nativité et datent respectivement de 1538 et de 1553. V. Cecchi, A., Borghini. Vasari. Naldini e la 'Giuditta' del 1564, Paragone2% (1977) No. 323. pp. 100-107. C'est là que j'ai puisé ma citation (p. 101 ). La référence de Borghini à Naturalis História de Pline l'Ancien mérite une attention toute particulière car, comme l'a établi Bialostocki (non cité par Cecchi), le passage tiré de cette œuvre servit d'arrière-plan littéraire au genre appelé « puer sufflans ignés » à partir de la seconde moitié du XVI e siècle. La lettre de Borghini constitue donc une contribution à la conception de Bialostocki soutenant que, sinon pour la composition de Pline du moins pour les jeux de lumière spéciaux y décrits, on se reportait obligatoirement à l'époque au passage précité de l'auteur antique. V. Bialostocki, J., Puer sufflans ignés, in Arte in Europa- Scritti in onore de Edoardo Arslan, Milano 1966. 51 Marcus Tullius Cicero, De Natura Deorum, Livre III. (Trad. M. van den Bouwaene), Bruxelles 1981. XXIII/60, p. 111 : « ... le deuxième (Cupidon est fils) de Mercure et de la deuxième Vénus... » 52 Bertoldo di Giovanni: L'éducation de Cupidon, London Victoria and Albert Museum. 53 Webbe. op.cit. pp. 163-173.

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