Tátrai Vilmos szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 87. (Budapest, 1997)
B. SZABÓ, JÁNOS: Une toile oubliée d'Edouard von Engerth Réflexion sur l'iconographie de la bataille de Zenta
D'après ce que l'on sait des dirigeants de l'armée impériale, on peut tenir pour vraisemblable que les cinq officiers supérieurs groupés derrrière Eugène de Savoie, maréchal de camp occupant le poste de commandant en chef, sont ses subordonnés directs, ses généraux commandants de corps d'armée, dont exactement cinq avaient participé à la bataille. Cette hypothèse se trouve étayée par le fait que le seul officier représenté en position assise, le général Siegbert Heister, commandant de l'aile droite, fut réellement blessée. A côté de lui, la figure qui rengaine est probablement Guido Starhemberg, commandant de l'aile gauche, et les trois autres devaient être Commercy, Börner et Rabutin. L'épisode dépeint est également véridique : après la bataille, Eugène de Savoie écrivit aussitôt une lettre à l'empereur Leopold pour l'informer de la victoire. La mission honorable de la lui remettre fut confiée à l'un de ses plus jeunes sous-commandants de l'aile gauche, ayant remporté la victoire, le général de division Vaudemont. C'est donc vraisemblablement lui que l'on voit chevaucher l'enveloppe à la main. En dehors des captifs turcs, visibles à l'avant plan du tableau, il ne reste plus qu'un personnage à identifier, un soldat hongrois blessé d'apparence aristocratique, montré de dos. Etant donné que l'armée impériale engagée dans la bataille de Zenta ne compta qu'un seul officier hongrois de haut rang, le colonel de hussards Pál Deák, et à supposer qu'il ne s'agit pas là d'une figure purement symbolique, censée rappeler la participation d'ailleurs peu significative des Hongrois dans la bataille, tout porte à croire que ce personnage du tableau devait bien être lui. S'il nous tourne le dos, c'est peut-être parce qu'on ne lui connaît aucun portrait datant de cette époque. 14 Un tel défilé de personnalités historiques marque un changement radical dans l'œuvre d'Engerth dont la carrière débuta dans un esprit tout à fait différent. 15 Né en 1818 à Pless, en Prusse, sa famille s'installa plus tard dans l'empire des Habsbourg. Après avoir fait ses études à Lemberg puis à Pest, on le voit dès l'âge de 19 ans à l'Académie de Vienne. En tant qu'élève de Leopold Kupelwieser, il appartient au cercle artistique de Vienne dont l'autre figure de proue s'appelle Josef von Führich, et qui entretient d'étroits liens avec le groupe des Nazaréens. Une bourse d'étude accordée par l'empereur lui permet de renforcer encore davantage son attachement à cette école pendant son long séjour en Italie (1846-1853) et grâce à ses contacts personnels noués là-bas. 16 Ses premières œuvres sont également imprégnées du patriotisme impérial allemand, à l'esprit pas nécessairement dynastique. Le premier tableau d'histoire datant de 1845, qui porte sa signature est Le duel du roi Ladislas avec Akus le Coman. Cet épisode de 14 Dudás, Gy., A tentai csata (La bataille de Zenta), Zenta 1885, pp. 49-52, 63. 15 Concernant l'œuvre d'Engerth, j'ai consulté les publications suivantes : la nécrologie d'Edouard Ritter von Engerth, Schaeffer, A., Jahrbuch der Kunsthistorischen Sammlungen des Allerhöchsten Kaiserhauses 21 ( 1898) pp. 360-362 : Schickh, R. E. v. , Eduard von Engerth. Beiträge zu einer Biographie des Künstlers und seines Kreises, Wien 1915; Thieme-Becker, 10, Leipzig 1914, p. 549 ; Engerth, R., Eduard Ritter von Engerth, Wien 1994; Cat. Engerth, op. cit. (n.13) ; Pour la première période de sa carrière artistique : Kitlitschka, W., Aspekte der Malerei des Historismus in Wien : Spätromantik und Klassizismus, in Das Zeitalter Kaiser Franz Joseph. Cat. Schloss Grafenegg 1 Teil, Wien 1984, p. 461. 16 Sinkó, K., A profán történeti festészet Bécsben és Pest-Budán 1830-1870 között (La peinture historique profane à Vienne et à Pest-Buda de 1830 à 1870), Művészettörténeti Értesítő (Bulletin d'histoire de l'art) 35 (1986) pp. 95-109 : Kitlitschka, toc. cit. (n. 15) pp. 455-465.