Varga Edith szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 74. (Budapest, 1991)
KOMORÓCZY, GÉZA: L'ordre des astres, ordre dans le monde
science qui a l'habitude de poser de telles questions. Il faudrait plutôt parler de la tradition d'une manière de penser. Elle est, comme je l'ai dit, cosmopolite et européenne. Mais il s'agit de voir non seulement sa sphère de validité mais encore sa nature. Les Babyloniens, pour prendre comme exemple ce détail, distinguaient non pas quatre parties de la journée, mais deux fois trois, notamment pour le jour et pour la nuit. Le nombre 4 remonte à la théorie des éléments des Grecs. Il était facile dans les temps modernes de parler de quatre continents, immédiatement après la découverte de l'Amérique, alors que l'on savait à peine davantage du nouveau continent que le fait que les skalps y étaient importants, comme l'Asie s'incarnait sous la forme de la fabuleuse île de Formose. Je crois que dans cette tradition le nombre des continents devait obligatoirement être quatre, et même si on avait eu connaissance de l'Australie, on aurait choisi de considérer l'Europe et l'Asie comme un seul continent pour le sauvegarder. Le nombre des catégories répond toujours aux besoins, puisqu'elles n'existent que par l'homme qui les crée. Depuis quatre mille ans les planètes sont au nombre de sept. Dois-je rappeler qu'autrefois on comptait parmi elles le Soleil et la Lune, tandis qu'aujourd'hui nous laissons hors de compte Cérès et environ cinq cents de ses compagnons de moindre grandeur ? Des modèles du même genre nous sont connus dans d'autres cultures, ainsi, dans la Cabbale juive, l'arbre des sephirot, les dix sephira et les trois principes, à savoir : séfar soit chiffre sippour, soit verbe séfer soit écriture. Et on connaît plusieurs modèles chinois égaux en valeur mais différents quant aux détails. Tout cela est nécessaire pour nous rendre compte de ce qui est tradition et pour savoir que la tradition a une manière de voir et non un contenu immédiat de vérité, et de ce fait sa réfutation ne peut pas non plus être une vérité immédiate. Autrement dit, ce qui est réfuté et la réfutation se trouvent au même diapason. La tradition demande non pas à être maintenue, elle demande au contraire à être remodelée jusque dans ses détails dans la mesure de nos possibilités, parce que ce n'est pas la piété qui la fait vivre mais uniquement le doute et les nouvelles connaissances. C'est ainsi qu'ont procédé les Grecs en reformulant les suites de nombres babyloniens, et c'est ce que firent les philosophes symbolico-allégoristes des temps modernes, les artistes qui ont exécuté les feuilles ici exposées. Nous avons appris à connaître la nature humaine, les caractères. Nous avons découvert l'Amérique, nous avons des cartes non seulement du monde habité, mais aussi du ciel, de l'hémisphère sud et de l'hémisphère nord. Et en voyant le mouvement diurne du ciel, nous savons pertinemment, grâce à Copernic, que ce n'est pas le soleil qui tourne autour de la terre. Autant de nouveautés que les gardiens de la tradition doivent pouvoir formuler, et le fait qu'ils en sont capables montre combien grandiose, combien vivants sont le macrocosme et le microcosme de la fin de la Renaissance et du Baroque naissant. Nous connaissons la place de l'ordre dans le monde. L'époque actuelle veut mettre de l'ordre dans le chaos. Au prix de règles et de restrictions ; à la rigueur moyennant des bâtons et des matraques. Mais est-il certain que c'est le chaos qui