Varga Edith szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 74. (Budapest, 1991)
GESKÓ, JUDIT: Le modele antique de la Méditerranée de Maillol
il existe peut-être un lien entre le personnage assis de « Aha Oe Feii?» (1892) de Gauguin (fig. 29) 2fi et le modelé de la « Méditerranée » de Maillol. 27 Cette idée a été acceptée par Wendy Slatkin, qui a cependant fait remarquer que la jeune femme du « Déjeuner sur l'herbe » de Manet, ou même la composition de la « Nuit » de MichelAnge, avaient aussi pu inspirer Maillol. 28 Cependant, malgré les similarités de forme, qui sont incontestables, ce n'est pas dans ces œuvres qu'il faut chercher le modèle de la statue de Maillol et du tableau de Gauguin. Ce sont les sculptures du temple de Zeus à Olympie qui produisirent l'effet le plus profond sur Maillol lors du voyage qu'il fit en Grèce en 1908 : «Ces formes si belles dans leur simplicité, voilà la sculpture que j'aurais voulu faire ! C'est fort, c'est vivant, c'est mouvementé... Les combattants agenouillés sont magnifiques. La figure centrale, Apollon, dont on dit que c'est un chef-d'œuvre est moins belle que ces guerriers. .. Je préfère l'art encore primitif d'Olympie à celui du Parthenon. C'est ce que j'ai vu de plus beau, ce qu'il y a de plus beau dans le monde. C'est un art de synthèse, un art supérieur à ce travail de la chair que nous, modernes, nous cherchons. Si j'avais vécu au VI e siècle, 29 j'aurais eu le bonheur de travailler avec ces gens-là. . . Phidias est un sommet de l'intelligence ; on n'atteindra jamais plus à de telles hauteurs ; mais je lui préfère Olympie ». 3I) Le rapport qu'entretenait Maillol à la sculpture grecque détermine aussi la place qu'il tient dans la sculpture du XX e siècle. Tout comme les cubistes, il se démarque non seulement de la sculpture grecque tardive, mais aussi de la statuaire classique d'un Phidias. Tout au plus Maillol se différence-t-il des cubistes à cet égard dans la mesure où il s'en détourne simplement, tandis que les cubistes, pour leur part, la rejettent avec véhémence. 31 Mais lorsqu'il parle de «période première» (voir plus haut, n. 19), Maillol pense, non pas à l'art plastique archaïque ou plus ancien encore, mais au « style sévère » grec qui servit de transition entre l'archaïsme et la période classique (v. 480-450 av. J.-C), style dont les sculptures du temple de Zeus d'Olympie constituent les exemples les plus importants qui nous soient parvenus. 32 C'est une expédition archéologique française qui M Wildenstein, G., Gauguin, Paris 1964, n° 461. 27 Hackelsberger, B., Maillot-Méditerranée, Stuttgart 1960, p. 16. 28 Slatkin, W., op. cit. (1979) (n. 2), p. 187. et n. 14. 20 II s'agit de toute évidence d'une erreur. Maillol veut dire le V e siècle. 30 Cladel. J.. op. cit. (n. 14), p. 97. 31 Qu'il suffise à cet égard de citer deux exemples caractéristiques. Durant l'hiver 1912/13, Béni Ferenczy rencontra plusieurs fois Apollinaire dans l'atelier d'Archipenko. Dans les conférences qu'il donnait aux élèves de la classe de sculpture, le poète avait à plusieurs reprises étonné son auditoire. Opposant à la statuaire de l'Antiquité grecque, de la Renaissance italienne et de l'art gothique français la sculpture véritable des Noirs d'Afrique, il déclarait en effet : « Les Grecs, qui ont fait preuve de quelque talent dans leurs statues des VII e et VI e siècles, se sont mépris au V° siècle sur l'essence même de Part plastique dans leurs sculptures». (Cité par Ferenczy, B., írás és kép [Ecrits et images], Budapest 1961, p. 30). Voir aussi l'avis de Picasso dans : Kahnweiler, D. H., Les sculptures de Picasso. Paris 1949, sans numéro (2-4). 32 Même les cubistes ne rejetaient pas le style sévère, mais comme en témoigne l'album « L'art en Grèce» publié en 1934 par le spécialiste de Picasso Christian Zervos, qui lui a consacré une monographie, album qui trahit un changement dans le goût des artistes de l'époque. Ce n'est pas le sommet de la statuaire antique qu'ils voyaient dans ce style, mais le point extrême jusqu'où il était possible d'aller dans son acceptation : le livre consacre en tout et pour tout deux reproductions au Parthenon, il en contient onze des statues d'Olympie, et près d'une centaine, par contre, représentent des marbres archaïques.