Radocsay Dénes - Gerevich Lászlóné szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 21. (Budapest 1962)
GARAS, CLAIRE: Le plafond de la Banque Royale de Giovanni Antonio Pellegrini
leur le dynamisme des forces victorieuses, les représentants des péchés chassés et anéantis, la Jalousie, l'Envie, la Paresse, etc. Or, tous ces personnages habituels, figurant dans presque toutes les allégories, ont guère peu contribuer à résoudre avec succès cette tâche spécifique qui était de rendre sensibles les bienfaits de la banque et les avantages du mercantilisme. La personnification abstraite n'a pu, dans ces parties, être satisfaisante, et Pellegrini dût recourir à la réalité vivante et adopter une manière illustrative pour pouvoir rendre compréhensible le contenu. Ainsi la corrélation entre les figures du Commerce, de la Richesse, du Crédit, de la Sécurité, de l'Industrie, des représentants enlacées de la Seine et du Mississippi disposés au pied du groupe central, est reconnaissable par les chariots défilant au bord du fleuve, par les bateaux desquels l'on décharge des marchandises apportées de la Louisiane, et par les personnages exotiques, les « Princesses du Mississippi » se retirant dans l'arrière-plan et évoquant l'atmosphère fabuleuse des pays lointains. Pareillement, c'est par une action effective que le peintre représente la bourse : « La Bourse est représentée par un portique autour duquel on voit diverses nations avec leurs habillements qui négocient ensemble. » Sans aucun doute ce sont ces motifs d'un goût réaliste et fidèles à la nature qui ont dû être les détails les plus attrayants et les plus pittoresques du plafond. L'esquisse de détail subsistant — l'Histoire trempe sa plume dans l'encrier que lui tend la Vérité — témoigne elle aussi du ton serein et idyllique de Pellegrini, de son aisance rococo relayant l'ardeur du baroque. 20 Le baron Caylus qui fut le premier à publier la description du plafond de la Banque Royale, a attribué le texte au peintre-même. Or, connaissant la pratique de l'époque, il faut prendre pour plus vraisemblable que le texte contenant des indications iconographiques précises, a été rédigé originairement pour servir de programme, et comme tel il a dû être conçu par le commettant ou par son représentant savant, comme directives adressées au peintre. Dans les questions des rapports entre les programmes écrits et les plafonds du XVIII e siècle nos connaissances sont assez poussées quant aux aires de la peinture allemande et autrichienne, tandis que dans ses rapports français et italien ce problème est encore pour une bonne part inéclairci. Ainsi nous n'avons aucune précision sur le plafond de la Banque Royale et il n'y a pour le moment que des suppositions et des conclusions qui pourraient nous aider à étudier la question. 21 En examinant le plafond de la Banque Royale, ainsi que l'activité de Pellegrini à Paris, il nous faut analyser les antécédents et les corrélations de manière plus approfondie. Ces recherches nous mènent indispensablement à la révision de quelque constatations généralement répandues. A notre avis, il faut modifier par exemple l'opinion selon laquelle le plafond de Pellegrini aurait exercé une influence déterminante sur la peinture française contemporaine, et que c'est en partie le goût rococo de ses 20 Le résultat de cette évolution et la tournure que prenait plus tard le sujet, sont montrés d'une manière fort instructive par la fresque de Gregorio Guglielmi à Schönbrunn, exécutée trente ans plus tard, dans laquelle domine le caractère illustratif du tableau de genre et la présentation de la réalité. — Le motif de l'Histoire écrit sur l'aile du Temps, remonte à C. R i p a (La più che novissima Iconologia. Padova, 1630. p. 324). V. Pig 1er, A. : Barockthemen. Budapest, 1958. IL p. 468. 21 Pellegrini se préoccupait des représentations allégoriques d'un sujet analogue déjà avant d'entreprendre la peinture du plafond de Paris. L'un des plafonds de Kimbolton, portant dans le haut Minerve avec le portrait du Comte de Manchester, l'allégorie de la Justice de l'Hôtel de Ville d'Anvers, mais surtout la série de Bensberg, présentent nombreux motifs analogues. Néanmoins on ne rencontre dans aucune création antérieure — ou postérieure — de Pellegrini une telle richesse des motifs comme on le retrouve sur le plafond de Paris, il n'a jamais fait jouer une si grande masse (plus de cents personnages), ses compositions sont en général plus simples et le contenu est lui aussi plus homogène.