Radocsay Dénes - Gerevich Lászlóné szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 21. (Budapest 1962)

GARAS, CLAIRE: Le plafond de la Banque Royale de Giovanni Antonio Pellegrini

oeuvres qui aurait inspiré l'évolution du style rococo français. 22 Or, l'oeuvre de Pellegrini n'ayant été visible que pendant un an en tout, et cela pour très peu de gens, son influence n'a pu être déterminante pour la peinture française, qui, dans sa conception, ses moyens et ses types de représentation était en ces temps déjà en plei­ne maturité et en plein épanouissement. La situation est dans la réalité juste le contraire : c'est plutôt dans l'évolution artistique de Pellegrini que l'influence de l'art français contemporain a dû jouer un rôle sensible. Dans la peinture vénitienne on trouve difficilement des antécédents d'une représentation comme celle du plafond de Paris ; dans la peinture française ce type de décoration était, dès le dernier quart du XVII e siècle, général. Ce type d'allégories glorificatrices se rattache bien davantage à la conception absolutiste de la monarchie française et à l'art de Louis XIV, qu'au passé artistique, imprégné d'un esprit humaniste, de la République aristocratique de Venise. Et finalement il est peu logique de supposer qu'on ait importé le style du ro­coco naissant de Venise en France, qui sous tous les rapports fut le premier à donner une forme au style qu'on appelle en général rococo, et où Watteau, le maître le plus gé­, niai du rococo avait à cette époque déjà légué à la postérité un oeuvre terminé et classé. Un examen plus serré et concret permet de constater que le plafond de Paris se rapproche quant à sa composition, son arrangement et sa représentation, non des plafonds de Sebastiano Ricci, d'Antonio Bellucci, contemporains italiens de Pelle­grini, mais des créations des maîtres français du tournant du siècle, de Coypel et surtout de Charles de la Fosse (v. par exemple l'esquisse de Rouen pour le plafond de la Salle d'Appollon, etc.). 23 Aussi faut-il prendre en considération que Pellegrini, ayant quitté Venise à l'âge jeune, eut pendant de longues années des relations bien plus vives avec les peintres étrangers qu'avec ceux de l'Italie, et que son évolution artistique a été im­primée en premier lieu par le goût de ses commettants étrangers, anglais, allemands, hollandais, français, etc. Ce milieu faisait mûrir le rococo de bonne heure. Le milieu où Pellegrini vit à Paris est celui des amateurs d'art d'un goût raffiné : le cercle du Régent, du baron de Caylus, de Pierre Crozat, etc., animateurs par excel­lence du rococo. C'est justement par l'intermédiaire de Crozat que Pellegrini connaît personnellement Watteau et l'art raffiné et brillant des hôtels de Paris l'a sans doute incité à devenir lui aussi l'interprète de la sérénité légère, du jeu idyllique indépendant de la réalité, et de la richesse décorative ne connaissant pas de problèmes. Combien ses efforts déterminés par les circonstances et corroborés par la période d'Angleterre l'ont-ils éloigné de la peinture vénitienne ressort nettement si on compare son oeuvre aux créations de jeunesse de Tiepolo, passionnées et réalistes, aux fresques cl'Udine et au plafond allégorique du Palais Sandi (1724-1726) ou aux oeuvres de jeu­nesse de Piazzetta d'un sérieux dramatique. 22 L o n g h i, R. : Viatico per cinque secoli di pittura veneziana. Venezia, 1946. p. 35. «Fu probabilmente decisivo per il gusto del Settecento francese.» Pareillement Pallucchini, R. : Modelli di Gianantonio Pellegrini. Arte Veneta VII, 1933. p. 107. « Anticipating French artists in creating that rococo vocabulary which was to dominate European painting until Tiepolo and his followers », P i g n a 11 i, T. : Pellegrini Drawings in Venice. The Burlington Magazine CI, 1959. p. 452. 23 Sur les plafonds d'Antonio Bellucci (Bensberg); sur ceux de Sebastiano Ricci (Flo­rence, Pal. Marucelli) et sur les fresques de G. Quaglio, les figures sont dans le premier quart du siècle, en général peu nombreuses et elles sont par rapport au plan pictural plus grandes. Les écoles de Rome et de Naples, les disciples de Pietro da Cortona et de Pozzo font jouer des masses plus grandes, leur dynamisme, l'agencement de l'espace, leurs efforts illu­sionnistes, cependant, sont issus plus directement des traditions du baroque. Pellegrini a bien connu les plafonds — entretemps disparus — de Charles de La Fosse au palais Montague de Londres, dans la maison de Pierre Crozat à Paris et dans sa villa de Montmorency, ayant souvent fait apparition dans ces hôtels.

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