Radocsay Dénes - Gerevich Lászlóné szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 16. (Budapest 1960)
BERNÁTH, MARIE: Sur deux tableaux anglais
Le ciel bleu clair est moutonné, les nuages blancs tournent parfois au gris. Près du groupe des grands arbres des oiseaux à peine distincts s'élèvent dans l'air. Malgré les nombreuses valeurs positives du tableau nous devons constater que Fraser n'est pas un talent original. Constable et Turner étant, en 1866, déjà disparus, il se rattachait à une tradition de plus d'un demi siècle. Il a parcouru son chemin peut-être sans jeter un coup d'oeil autour de lui. Un autre tableau anglais du Département des Tableaux Etrangers Modernes qui faisait partie de la riche collection variée d'Otto Fettick, est entré au Musée (fig. 57) en 1955, comme legs de ce collectionneur (76X64 cm; n° de l'inv. 529. B). Il fut inventorié comme l'oeuvre de John Everett Millais. Le nettoyage récemment effectué a fait ressortir, à 20 cm environ au-dessus de l'angle droit inférieur du tableau, la signature « F. Underhill ». Dans le premier plan du tableau se tient, quelque peu tournée à gauche, une jolie jeune paysanne, qui regarde, la tête doucement inclinée, vers le spectateur. Elle appuyé sa main droite sur un gerbe de blé, noué avec une toile blanche et reposant sur une palissade, en le serrent contre soi avec un geste un peu affecté. Elle est vêtue d'un corsage blanc décolleté, les épaules sont recouvertes d'un grand fichu brun à carreaux colorés. Elle est coiffée d'un chapeau brun à larges bords, retroussé sur la nuque et garni de coquelicots et d'épis. Derrière elle, sur le chaume jaune que le reflet bleu du ciel teint de vert, travaillent des jeunes femmes aux jupes rouges et bleues, à peine distinctes. Sur le côté gauche se dresse un groupe d'arbres, d'une facture floue, leur feuillage est coupé par le bord du tableau. Entre les arbres luit l'or du blé encore en pied. Le bleu d'outre-mer du ciel est accentué par le blanc des nuages qui passent au-dessus du paysage. Frederick Charles Underhill, peintre de genre, travailla à Londres, où il exposa entre 1851 et 1875. Il était donc le contemporain de Millais, à qui le tableau était originairement attribué. Underhill, cependant, n'avait pas suivi la voie — nous songeons ici au préraphaélisme — qui a assuré à la peinture anglaise du siècle passé une place à part, spécifique. Ce certain maniérisme d'Underhill, la composition recherchée et la « glorification » du thème ne sont pas dûs à un goût littéraire, ou au souci de rechercher un idéal élevé pour sauver la peinture, mais au caractère fondamental du tableau de genre, qui veut habiller d'un costume de dimanche les scènes de tous les jours, et mettre en évidence le sujet choisi. On doit chercher la place d'Underhill dans la ligne traditionnelle de la peinture anglaise. Il est un représentant tardif, fatigué et peu convaincant de la tendance qui, sous l'influence de Van Dyck, arrive à son apogée clans l'art de Gainsborough. MARIE BERNÁTH