Szilágyi János György - Kaposy Veronika szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 6. (Budapest, 1954)

GENTHON, ÉTIENNE: L'exposition commemorative Jules Derkovits

1930, un grand artiste qui fait son apparition pour ainsi dire, sans ancêtres. Nous avons dit succinctement, car la série de gravures sur bois, consacrée à Georges Dózsa, fut exécutée en 1929, date proche de la limite de l'année mentionnée. Les débuts sont hésitants. L'un de ses premiers tableaux, «En route vers la maison», peint en 1920, représente un homme barbu et une femme portant son enfant, dans un paysage ébauché. Le torse de l'homme et de la femme sont nus, mais la jupe et le pantalon excluent le sujet mythologique, tandis que la nudité partielle s'écarte du sujet réaliste qui convient à l'épo­que de son exécution. Nous expliquons cette conception par le fait que c'est une «composition» dans la manière des années 20, conçue principale­ment sous l'influence de son maître Charles Kernstock, composition pleine de confiance, de tristesse et d'incertitude. L'attitude décontenancée de la femme, sa tête inclinée, la peine de l'enfant sont elles des phénomènes de l'époque: nous en connaissons de nombreux exemples. Cette tristesse survit dans la composition «Au concert» (1922), toile de jeunesse de grand format, fort caractéristique de Derkovits. Des figures nues, pleines de tristesse, font de la musique au crépuscule. Quant à ses formes, elles dénotent en quelque sorte le recueillement des peintres de Gödöllő et le maniérisme fort anti­pathique de l'art allemand, style précédant l'expressionisme. La toile intitulée «La Cène», peinte dans cette même année, se distingue parmi les nombreu­ses compositions et nus moins importants, non seulement par sa préten­tion, mais par sa tendance à unir le style expressionniste — cherchant à se faire valoir — à l'agencement cubiste de l'espace. C'est toujours le maniérisme, la tristesse pathétique outrée, qui rend cette toile étrangère. Notre but n'est pas d'analyser en détails les expériences du jeune Derko­vits. Nous sommes heureux de voir que dans les «Fugitifs», peint en 1926, il essaye déjà de faire sonner sa propre voix. Cette composition, vue d'en haut, serrée et d'un élan sauvage nous parle encore le langage de l'expres­sionnisme, or, la vision morne de la terreur, malgré ses formes étrangères et ses décors empruntés à d'autres, présagent le maître futur. Son génie, après l'avoir laissé prévoir, se déploie inattendu, avec la plus grand soudaineté. Son chef-d'oeuvre graphique, la série de bois, intitulée 1514, ayant pour sujet la révolte de Georges Dózsa, a été exécutée en 1929. Il n'y a dans l'histoire de la gravure sur bois hongroise aucune feuille qui l'égale, nous n'avons pas de pages plus enflammées que celles-ci, plus révolutionnaires, touchant presque à la frénésie. Contenu et forme y sont en effet parfaitement soudés ensemble. Les marches mornes, les attaques furi­bondes, les combats apocalyptiques, les actes atroces de la vengeance effrénée ne peuvent manquer leur effet sur aucun spectateur. Les raies blanches scintillantes glissent parmi les taches noires telles des épées ; toute la série est un unique cri de douleur, un râlement dans l'ivresse de la tension dynamique qui semble mordre et brûler la feuille blanche du papier. Il n'est pas douteux que Derkovits ait vu la série e'eaux-fortes de Béla Uitz, inti­tulée Général Ludd, série qui a dû exercer sur lui une puissante influence. Mais, que sont devenus ses impressions ? C'est dans ces pages quil est le plus homogène, le plus implacable, inégalable et incomparable. Après ce cycle on ne peut créer autre que des chefs-d'oeuvre. Le premier est la «Fenêtre en hiver» (1930). Un petit tableau déchi­rant : à travers une vitre glacée on voit indistinctement les plumes de coq

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