Szilágyi János György - Kaposy Veronika szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 6. (Budapest, 1954)

GENTHON, ÉTIENNE: L'exposition commemorative Jules Derkovits

de la patrouille de gendarmes. Sur le rebord de la fenêtre un petit morceau de pain sec. Plumes de coq et pain sec : des symboles précis qui parlent en eux-mêmes. Il nous paraît symbolique que la première vraie toile de Derkovits soit en même temps la représentation de la tension sociale. Le contraste entre les capitalistes et les opprimés est le thème divers de Derko­vits, devenu grand artiste. Le pathétique pénétrant de ses représentations d'ouvriers est toujours marié à des formes monumentales. Dans la représen­tation des types capitalistes le rythme calme et large doit nécessairement faire défaut. La voix de l'obstination, de la mise au pilori et du mépris sonne autrement que celle de la compassion et de l'amour. Le «Marchand de poissons» (1930; fig. 48) gras, chauve, libertin et rusé est en même emps ex­ploiteur et petit bourgeois; l'artiste a l'air de ne pas gaspiller sa haine, il regarde plutôt avec un mépris silencieux. La grande toile «Dans l'orage» (1931) évoque de nouveau le pouvoir des gendarmes de la province, mais non pas avec l'intensité de la toile en apparence modeste, mentionnée plus haut. Puis, suit la toile monumentale «Les générations» (1932): l'enfant, le père et le grand-père sont la réconception des «âges humains» du Moyen Age tardif. Dans ce tableau, ainsi que dans la composition intitulée «Le long de la voie ferrée» (1932) nous examinerons la facture et le coloris des oeuvres mûres de l'artiste. Derkovits aimait les couleurs claires et ternies et les tons> du pastel. Il a connu l'art de Szőnyi, Egry, Bernáth et de Berény, auxquels il se rattachait étroitement. Malgré cela il n'y a rien dans sa gamme de couleur qui rap­pellerait ces peintres. Il a volontiers employé sur ses tableaux de la poudre d'or et d'argent, ce que ces peintres n'ont jamais fait (Bernáth l'avait expé­rimenté, dans sa première manière expressionniste), peut-être eut-il peur des couleurs trop sucrées, ou redoutait-il l'ensemble des verts clairs, des roses et des mauves. Non, jamais ses couleurs ne sont-elles douceâtres, même sans poudre métallique. Il est devenu, non pas doucereux, — et c'est le plus surprenant — mais lyrique. Il a trouvé la sphère de thèmes qu'il estimait digne de lui : il a retrouvé sa voix individuelle, il a parlé d'un ton plein d'amour et de tendresse, de la voix profonde et sonore des violon­celles. En parlant de l'art de Derkovits, la critique de nos jours met en relief le combattant révolutionnaire, intransigeant, dont le langage des for­mes n'est pas exempt des tendances formalistes du passé. Cette aversion est due —• nous le pensons — non pas à sa manière de peindre, mais à cette lyre mystérieuse qui se dégage de ces toiles intransigeantes. Il faut, par contre, poser la question : existe-t-il un psintre hongrois qui ait pu fair sonner la voix de la révolution avec une telle puissance, voire à une époque où elle aurait pu entraîner la prison et l'échafaud ? Où trouve-t-on un peintre dans l'oeuvre duquel le contenu politique grave et violent s'est inséparablement uni à la plus haute qualité picturale ? Nous estimons que la pureté et le courage de sa conviction ont obligé ses blâmeurs à s'incliner devant lui. Dans cette belle période de cinq ans il y a des tableaux avec lesquels il est difficile d'être d'accord. Dans le sourire coquet et écoeurant de la fille de café de «La marchande de- bonbons» (1933) on sent la peinture allemande d'entre les deux guerres, le tableau répugnant d'Otto Dix. La toile «Artistes» (1933) est, elle aussi trop germanique, et présente un con­traste vif avec la mesure latine.

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