Csengeryné Nagy Zsuzsa dr. – Doroghyné Fehér Zsuzsa dr. szerk.: A Magyar Nemzeti Galéria Évkönyve 2. szám. (MNG Budapest, 1974)

sance) ou bien à l'époque contemporaine et elle mettait des artistes en scène par curiosité plutôt que pour l'occasion que leur présence aurait pu donner à l'auteur de décrire le processus de la création artistique et du travail créateur, force propre à influer sur l'orientation de la société. Orlai, excellent styliste, connaissant bien l'histoire de l'art aussi, aurait pu remporter de grands succès s'il avait reconnu les horizons qui s'ouvraient devant lui. Nous allons plus loin encore. Pourquoi n'est-il pas devenu critique, critique d'art? Il aurait certainement pu trouver des journaux qui lui auraient demandé des articles sur l'art et les événements de la vie artistique. Dans les premières années 1850, des journaux ont été lancés les uns après les autres. 71 Il est peu probable qu'on eût exigé de lui des études approfondies, des recherches méthodiques ; on aurait plutôt réclamé une prise de position en faveur des événements d'actualité ou contre eux, selon les rédacteurs. En travaillant pour les journaux, il aurait pu atténuer con­sidérablement les graves embarras qui rendaient plus diffi­cile sa vie. Orlai n'a pensé à aucun moment à profiter de ces occa­sions. Il a écrit des articles sur l'art, mais ceux-ci sont exempts de toute recherche de sensation aussi bien que de prise de position en vue d'obtenir un avantage matériel. Il y étudiait les problèmes de principes de l'art créateur, contribuait de sa part aux recherches en cours (rappelons les documents ayant trait à l'histoire de Hongrie découverts par lui aux archives d'Augsbourg) ou bien faisait les deux à la fois comme dans son étude sur l'influence des drames de Shakespeare sur l'art hongrois. L'attitude qu'il a prise dans cette situation s'explique par sa vocation d'artiste (et aussi par son patriotisme). Il voulait devenir peintre, plus exactement peintre de tableaux historiques. Il exa­minait la vie et les événements qui se produisent dans l'existence d'un homme sans faire de concession au détri­ment de sa conscience d'artiste. Quand il était jeune, l'atmosphère de l'école de Sopron puis, et davantage, celle du collège de Pápa où les jeunes esprits fermentaient, lui ont fait prendre conscience de ses forces. Nous affirmons cela en toute objectivité. Son professeur, Lajos Tarczy dont nous avons déjà parlé, était un des représentants les plus distingués en Hongrie du hégélianisme progressif. Son ouvrage, Philosophiai változatok (Variétés philosophiques)''' et, en particulier, un chapitre de l'étude, Ellentétel (Anti­thèse) justifient la lutte des contraires. Il avait appliqué la dialectique non seulement dans ses cours de sciences natu­relles, il avait démontré aussi sa présence dans les luttes sociales et politiques d'où il avait conclu à la nécessité de l'opposition dans la vie politique. — Orlai, embrassant la carrière d'artiste, n'ambitionnait nullement de mettre à son profit les résultats acquis par des tendances artistiques révolues (classicisme, bidermeyer), mais s'opposant à elles sous plus d'un rapport, il s'efforçait de parvenir par ses propres recherches à des résultats nouveaux. L'intimité de Petőfi et de Jókai exerçait une grande attraction sur lui. (On peut supposer qu'il se décida pour la peinture après que Jókai qui avait peint avec beaucoup d'application encore à Kecskemét eut opté pour la litté­rature. 7 ' 1 ) L'exemple de ces deux grands amis le mettait en garde contre la recherche de la facilité, contre la médiocrité du contenu et la bravoure de l'exécution et lui rappelait sans cesse qu'il devait trouver l'expression, le langage qui conviennent à des sujets grandioses, héroïques, ressentis et vécus. La première et peut-être la dernière critique qui ait apprécié ses dons à leur valeur, il l'a trouvée dans l'étude de Gábor Pap. (L'ancien camarade de Pápa, animé du même esprit que lui, assurait encore sa garde !) Le ton vio­lent de l'auteur qui repousse tout compromis nous rappel­le les articles de Petőfi parus dans la revue Életképek (Scènes de la Vie) et dans d'autres périodiques et journaux. Orlai était encore à ses débuts quand la révolution a éclaté en Hongrie. Les événements l'ont mis à nouveau en rapport avec Petőfi ; il est devenu le témoin des presque tout derniers jours du poète. Il demeurait alors dans un endroit proche du champ de bataille où Petőfi allait trouver la mort. A quoi l'époque, le milieu et les circonstances l'avaient-ils engagé s'il était ainsi fait qu'il avait choisi pour mission d'évoquer par le pinceau l'histoire de la nation et s'il avait mis sa foi dans le rôle que la peinture nationale avait à jouer dans l'éducation de la conscience sociale? Avec sa première toile peinte après la chute de la lutte pour l'indépendance, il voulait rappeler le souvenir de Petőfi disparu. Aurait-il pu trouver un sujet mieux fait pour atteindre cet objectif que la découverte du corps du jeune roi noyé dans le ruisseau Csele après la bataille tragique de Mohács? Et ce sujet, c'est lui qui l'a choisi le premier. Il a représenté le roi sous les aspects d'un beau jeune homme sympathique. N'est-ce pas sous cette forme que le peuple hongrois opprimé par l'étranger voyait son poète dans ses songes? Ne serait-ce pas ainsi que se l'imaginaient les élé­ments progressistes à l'étranger qui avaient engagé eux aussi une lutte révolutionnaire dans leur pays ou bien avaient manifesté leurs sympathies pour les guerres d'indé­pendance, en particulier pour celle des Hongrois en 1848? La révolution, ce haut faîte de partage a déterminé la carrière d'artiste d'Orlai aussi. Nous avons vu comme les principes exposés dans la lettre de Sándor Brodszky dif­féraient de ceux qu'Orlai avait pu lire dans l'étude de Gábor Pap ! La lettre et l'étude sont pourtant des documents précieux pour la connaissance de la vie artistique à l'époque de la lutte pour l'indépendance hongroise de 1848. La con­ception de l'art formulée par Gábor Pap est une conception révolutionnaire ; l'auteur réclame un redressement national à l'exemple des pays progressistes d'Europe et il ne ménage pas l'Académie qui respecte l'ordre public établi et s'incline devant l'absolutisme. Brodszky est prudent. Comparé aux autres critiques d'art contemporains, il paraît très versé

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