Sáfrán, Györgyi: Lettres de Romain Rolland a Marianne Czeke dans la Bibliotheque de l'Académie des Sciences de Hongrie (A MTAK kiadványai 48. Budapest, 1966)

75 Chere Marianne de Czeke, vous n'étes donc pas du tout religieuse? — Moi je suis complétement libéré de ma foi d'enfance, qui ne vais plus á un office religieux depuis 45 ans, qui n'ouvre jamais un des livres saint, chrétiens (sinon, au travers de J. S. Bach, et de Haendel) — j'éprouve encore l'émotion des jours de la Passión, des Rameaux, et de la Semaine Sainte, quand je suis en dehors du trouble de l'action, quand je me trouve seul, surtout á la campagne, et qu'en entendant les cloches, se relévent de la tömbe les mélancoliques images, les souvenirs, les émotions vagues et profondes du passéel — II y a tant de générations chrétiennes dont nous portons en nous la musique endormie! — Et vous doutez que Thérése, cette áme si profondément religieuse mérne dans ses égarements et ses dissi­pations, n'en ait pas été impregnée! — Je vous avais affirmé, par avance, sans savoir, que le 28 ou 29 mars dévait étre un jour de la Semaine Sainte, (C'est le Mer eredi Saint, — le premier jour de la tragédie divine). J'entends d'ici les cloches de Florence — (et de Pise) — je revis cette atmosphére de deuil sacré dans les églises — cette contagion de regrets de souvenirs nos­talgiques, et de recueillement. Est-il sár mérne que Thérése n'ait point fait ses Páques? Le Mer eredi Saint est un jour de contrition. II est propice aux grandes émotions religieuses. — Et quand aprés tout le déroulement des voiles de la Semaine Sainte, puis aprés l'endormement ensoleillé de la Semaine de Páques, reviennent les jours ordinaires et leur monotonie, accrue, pour Thérése, par la solitude de Pise et l'abandon des siens, elle reprend la plume (12 avril, mercredi de quasimodo, anniversaire du mercredi d'illuminations qu in z e jours au par a ­v ant), et elle déroule sur le papier ses „réflexions sur s o i ­m é m e." — Tout cela est, psychologiquement, si naturel! La simple logi­que de sa nature se réalise ponctuellement, sans qu'il y ait besoin d'autre explication extérieure. EsJ-e que dans d'autres passages du Journal, Thérése ne se prépare pas á d'autres épisodes annuels de la vie du Christ? (—" am 1 3ten i Ob er 18 13 E s sind heilige T a g e v or der G eb urt J e s u . .") — D'une fagon générale, je suis convaincu mainté­nant qu'une áme, comme celle de Thérése, ne regoit rien du dehors qu'elle n'ait déja en soi; Les Pestalozzi, Stackelberg, etc. etc. ... ne sont, pour elle, que des occasions révélatrices de sa propre force intérieure. Elle a beau subir toutes les impressions, notre Thérése, elle est toujours la mérne, — ce qui ne veut point dire une nature simple, mais riche, tumultueuse, contradictoire; la vie et l'expérience, une discipline acharnée, ne font qu'organiser (d'une fagon toujours précaire) les éléments trés divers et puissants qui sont en elle, dés le début. 7. Le G öthe continue de me laisser inquiet. Si nette que sóit l'écriture, je crois qu'il faut rester prudent, á ce sujet, jusqu'á ce qu'on trouve un autre document qui atteste l'exactitude de cette lecture. C'est vraiment trop extraordinaire. Je vois que dans le voyage de 1808, les deux soeurs Brunsvik ont passé par Weimar. N'y a-t-il rien sur ce passage dans le Journal de voyage ? Je ne me réconcilie plus avec l'image de Joséphine. Elle a beau avoir toutes les excuses de santé et de déceptions: son égőisme, son orgueil, son despotisme sont difficiles á supporter. Imagine-t-on ce

Next

/
Oldalképek
Tartalom