Sáfrán, Györgyi: Lettres de Romain Rolland a Marianne Czeke dans la Bibliotheque de l'Académie des Sciences de Hongrie (A MTAK kiadványai 48. Budapest, 1966)
26 la maternité. Mais c'est également á Josephine que va l'admiration du génié rustique, du musicien qui apparait alors, tel un astre brillant, au ciel familial. Thérése entoure avec une sollicitude et une affection héritées de son pére cette soeur mariée sans amour. Elle l'admire et la met sur un piédestal. La belle Josephine est séduisante en effet et d'instinet. Thérése aussi sait l'étre mais seulement lorsqu'elle s'y emploire, lorsqu'elle se redresse et prend la peine de s'habiller, de danser, de chanter, de jouer du piano, de maniére á envoűter — au dire de ses contemporains — ses auditeurs et son maitre. Thérése Brunszvik fut destinée par le sort á une existence jalonnée d'initiatives indépendantes. Peut-étre est-ce la la raison pour laquelle sa vie de femme ne trouva jamais ce cadre naturel qu'est une famille, faute de quoi, la vie sentimentále de cet étre extatique débordait de toutes parts sans arriver á se fixer. Les profils d'homme qu'éclaire un court instant l'intérét qu'elle leur porté, reflétent l'ardeur da son áme passionnée. Comme si elle avait cherché et découvert en chaque homme les traits admirés de son idéal humain: son pére. L'officier de 1805. Toni (Antoine Szily) devient á ses yeux le modéle de l'homme qui sert la patrie, á son beau frére Stackelberg ce coeur facile á enflammer préte pendant un certa'in temps les vertus d'un Pestalozzi, son dernier amour, Louis Migazzi, de beaucoup plus jeune qu'elle, lui en impose par ses qualités de savant. Romáin Rolland cherchait á savoir ce qu'avait été pour Thérése Brunszvik, Beethoven le „seltenes Genie" dont elle avait reconnu — sa dédicace en témoigne — toute la grandeur. Parmi les femmes qui apparaissent dans la vie de Beethoven c'est certainement Thérése qui posséde une áme et un cerveau les plus apparentés aux siens. Rolland reléve quelques pensées qui formulées á des moments trés rapprochés et par Beethoven et par Thérése, offrent une ressemblance surprenante quant á leur fagon de se voir eux-mémes et le monde. Lorsqu'en 1805 Thérése passe par une crise sérieuse, c'est l'existence de Beethoven qui l'aide á se ressaisir. „A*ussi longtemps que Schiller et Beethoven créent on n'a pas le droit de souhaiter la mort." — écrit-elle. Dans sa vieíllesse elle compare Beethoven au Christ. 4 7 Dans ses lettres adressées á Marianne Czeke, Romáin Rolland revient plus d'une foix sur la question qui lui tient á coeur: quels rapports y avait-il entre Beethoven et Thérése Brunszvik? N'avait-il pas conservé parmi les lettres á 1' „Immortelle Bien-aimée" et le portrait de Giulietta. ces documents précieux de sa vie sentimentále, le portrait de Thérése également? C'est la, á l'avis de Rolland, un fait capital impossible á négliger, tout comme par aiileurs les dédicaces des oeuvres de Beethoven qui — il suffit de penser á la Sonate du Clair de Lune — indiquent chez lui généralement des sources d'inspiration. Les „beautés voilées" de la sonate pour piano en Fa diéze majeur (op. 78) dédiée á Thérése Brunszvik ont été analysées en détail par Bence Szabolcsi qui termine en se demandent s'il est vrai que l'extraordinaire beauté de cette oeuvre fut inspirée par Romáin Rolland: De l'Héroíque á l'Appassionata, op. cit. p. 359 Note. 1.