Sáfrán, Györgyi: Lettres de Romain Rolland a Marianne Czeke dans la Bibliotheque de l'Académie des Sciences de Hongrie (A MTAK kiadványai 48. Budapest, 1966)
25 Quelle image Romáin Rolland s'était-il fait de Thérése Brunszvik? Ils étaient l'un et l'autre guidés par le mérne principe. Rolland á ce propos cite une phrase de Thérése: vue de l'infini toute oeuvre est petite, ce qui compte c'est l'amour et la bönne volonté que nous y mettons. En se consacrant á l'étude des géants de l'art, Beethoven, Michel-Ange, Tolstoi et en écrivant sur eux, Romáin Rolland — comme il le dit á Marianne Czeke — s'était engagé dans le mérne chemin. Exprimé en termes poétiques: il essayait de fairé resonner cet instrument merveilleux qu'était l'homme, mélange de faiblesse et de grandeur. C'est ainsi qu'il cherchait aussi „l'áme du violon de Thérése Brunszvik". 4 4 Cet objectif poétique renfermait un probléme psychologique des plus intéressants. Romáin Rolland était le premier á savoir que l'áme humaine est bien plus compliquée que ne le suppose notre logique. II ne cessait d'affirmer que tout áme riche et vivante était finalement un mystére, et Thérése Brunszvik lui en fournissait un bel exemple. Si Marianne Czeke la présente surtout comme une pédagogue, Rolland devine en elle des secrets infiniment plus intéressants. A son avis l'activité pédagogique n'était qu'un fruit de cette vie intérieure si riche et si repliée. Voici ce qu'il dit dans une de ses lettres. „Quel que sóit l'intérét général du Journal, pour mon compte le drame passionel de l'áme de Thérése me touche bien davantage. En ceci, ne voyez aucune préoccupation Beethovenienne! Je considére maintenant la question de l'Immortelle Aimée comme accessoire... C'est .seulement Thérése qui m'occupe. Elle suffit á l'intérét passionné du psychologue ... Je ne puis pas vous dire combién je me sens ému et attiré par cette áme grandé et constamment livrée, qui sait si clairement ses faiblesses et les dangers, sans pouvoir les éviter!" 4 5 S'il a l'impression que Thérése manque d'équilibre, que sa personnalité n'a pas atteint la plénitude de son développement, il se rend d'autant mieux compte qu'elle avail conscience de porter en elle quelque chose de „divin", d'exceptionnel, qu'elle était destinée á quelque chose de plus. 46 C'est presqu'avec émotion qui'il dit avoir trouvé la une grandé áme, proche de celle de Beethoven. Lorsqu'en 1799 Thérése et ses soeurs sortent de leur réclusion de Martonvásár, elle a, selon la conception de l'époque, „déjá" 24 ans. Et pourtant ce n'est pas á elle, l'ainée, que ce premier voyage á Vienne apportéra le succés féminin, mais á Josephine, sa cadette. Amer succés en vérité: Josephine est mariée contre son gré et bientöt parée de l'auréole de 4 4 Romáin Rolland á Marianne Czeke, — n. 8. — le 3 décembre, 1927, Département des manuscrits de la Bibliothéque de l'Académie des Sciences de Hongrie, Ms 842. 4 5 Romáin Rolland á Marianne Czeke, — nr. 9. — le 5 décembre 1927, Département des manuscrits de la Bibliothéque de l'Académie des Sciences de Hongrie, Ms 842. 4 8 Romáin Rolland á Marianne Czeke, — nr. 11. — le 14 décembre 1927, Département des manuscrits de la Bibliothéque de l'Académie des Sciences de Hongrie, Ms 842.