Az Eszterházy Károly Tanárképző Főiskola Tudományos Közleményei. 2003. Sectio Romanica. (Acta Academiae Paedagogicae Agriensis : Nova series ; Tom. 30)
S CHNELLER DÓRA: La figure d'Antonin Artaud Á partir du spectacle Histoire vécue d'Artaud-Mómo de Philippe Clévenot
La figure d'Antonin Artaud ä partir du spectacle Histoire. 73 l'espace de plusieurs vies. » 4 Nous le voyons en Chine avec sa canne, en Perse, ä Thebes, dans les Andes et enfin en Judée : « Je me revois surtout sur une espece de monticule sale, pelé, plein de squelettes de chats morts, et qu'on appelait le Golgotha. J'y fus mené, je sais trop pourquoi maintenant, mais á l'époque je ne le savais pas aussi distinctement que maintenant, je croyais encore a une espéce d'erreur et qu'un miracle se produirait qui m'éviterait le supplice dernier et la mort. » 5 L'image du Golgotha apparait ä maintes reprises dans Histoire vécue d'Artaud-Mómo et dans les autres écrits des derniéres années. Le Golgotha signifie pour Artaud avant tout la mort d'un homme poursuivi par les hommes. C'est l'image du suicidé de la société. Un autre théme important de cet ouvrage est le théme du corps. Les mots envoütements ou empoisonnements apparaissent souvent dans Histoire vécue d'Artaud-Mómo. L'envoűtement est la sensation d'etre empéché de se réaliser, la sensation d'étre nié dans son corps, comme dans son langage. On n'a pas le corps qu'on devrait avoir. Le corps qu'Artaud cherche ä reconstruire est un corps libéré de la domination de l'esprit : « Le corps est une multitude affolée, une espece de malle á soufflets qui ne peut jamais avoir fini de révéler ce qu'elle recéle. Et elle recéle toute la réalité. Ce qui veut dire que chaque individu qui existe est aussi grand que toute l'immensité et peut se voir dans toute l'immensité. » 6 Philippe Sollers dans un article intitulé L'Affaire Artaud et publié dans Le Monde au moment de la parution de VHistoire vécue d'ArtaudMómo analyse l'ouvrage et cherche la réponse ä la « fuite » d'Artaud. EL souligne l'importance de la parution des textes de la conférence et remarque que ce n'est pas un hasard qu'une polémique d'appropriation ait surgi sur ce texte-la : « C'est le sens mérne de toute l'existence d'Artaud qui est ici convoqué, et par conséquent notre mémoire, notre langue. Mais ce sens, désormais, qui en parle ? Presque personne. Pour Artaud, il y a eu un mensonge, une falsification, une sale affaire de mort programmée, une hypocrisie gigantesque, un crime nouveau et sans précédent, bien que les siécles en regorgent. Non, ce n'est pas comme d'habitude, car ce crime porte, d'une fagon jamais enregistrée auparavant, sur l'existence du corps en tant que tel. En 1947, tout le monde se prépare á parier d'autre chose, de politique, d'économie, d'idéologie, de conflits sociaux, de poésie, de cinéma, de chansons, de guerre froide ; de bombe atomique, mais en réalité il s'agit d'oublier, de s'étourdir, de recouvrir une révélation noire, un abime insupportable et á peine entrevu. H y aura, de haut en bas et de droite á 4 Antonin Artaud, Histoire vécue d'Artaud-Mómo , in O. C., XXVI, p. 153. 5 Ibid. p. 68. 6 Ibid. p. 187.