Az Eszterházy Károly Tanárképző Főiskola Tudományos Közleményei. 2003. Sectio Romanica. (Acta Academiae Paedagogicae Agriensis : Nova series ; Tom. 30)
HAJDÚ ZSUZSANNA: Le jardin dans l'oeuvre de Marie Gevers
Le jardin dans l'oeuvre de Marie Gevers 137 mon pere, que Louis cultivait. » 8 Dans le jardin — que Gevers nomme jardinroi — la narratrice observe les cycles des saisons et découvre la besogne de tous les jours. Greife des arbres, nettoyage des fossés, chasse aux guépes, récolte du tilleul d'une part, machine ä calandrer le linge, cuisson du pain, saignée du cochon, coutume paysannes et folklore de l'autre. A travers l'observation et l'expérience Gevers partage avec nous autant de moments privilégiés de 1'intimité avec la nature. « Comment márnán, si severe pour elle-méme, permettait-elle mes longs vagabondages, suivis de mes réveries au jardin ? Je crois que c'est par esprit de tolerance et pour que je ne prisse pas le goüt « d'aller en ville », qui selon elle, était un goüt de perdition. Elle avait admis que « j'aimais le jardin » et jamais elle ne contrariait cet amour. . . » 9 Dans Madame Orpha le jardin devient l'espace des échanges entre l'homme et le cosmos, et en mérne temps le Symbole de leur harmonie. Cette conception revient dans les récits tardifs, nous la retrouvons encore plus nettement formulée dans le Plaisir des météores ou Gevers cons acre un chapitre ä chaque mois de l'année. « La maison, le jardin, étaient mon univers, mon paradis. On ne disait mérne pas : notre maison, notre jardin. L'absolu ne demande pas ä étre affirmé. Dans la maison, dans le grand jardin, nul danger, nul mai n'aurait pu m'atteindre. Je n'étais pas tentée de traverser la haie ou de franchir la grille. Le soleil, parmi les arbres, était notre soleil, la pluie tendait des bras fraternels et devenait la mienne dés que les nuages passaient au-dessus du jardin ;[...] et il me suffisait de me pencher par la fenétre pour voir aussitőt mon petit visage, réfléchi dans l'étang, m'offrir un sourire. >> 1 0 Avec la maison l'élément inséparable du jardin est l'étang. A part sa fonction de miroir, ce hűit d'eau offre autant d'occasions d'observer la nature et d'en jouir que les autres parties du jardin. H est évident que Gevers ne puisse pas accepter son desséchement. C'est dix-sept ans plus tard qu'elle est capable d'écrire les derniers jours de l'étang. Vie et mort d'un étang est né comme un « hommage ä l'Etang ». Pour présenter l'attachement de Gevers nous proposons un passage lyrique du récit. « [. . .] j'aimais cet étang comme on aime une personne. Aujourd'hui mérne, les années écoulées depuis sa mort n'ont point affaibli son image. D'aprés le temps qu'il fait, regardant ä ma fenétre, et sans mérne observer ses vestiges, trainant parmi les arbres, l'herbe et les buissons, sans voir son lit vide, je puis dire sans me tromper une seule fois : l'étang parfümé, 8 Marie GEVERS : Madame Orpha. p. 18. 9 Op. cit. p. 44. 1 0 Marie GEVERS : Plaisirs des météores. Les Eperoriniers, Bruxelles, 1996. p. 62.