Az Eszterházy Károly Tanárképző Főiskola Tudományos Közleményei. 2003. Sectio Romanica. (Acta Academiae Paedagogicae Agriensis : Nova series ; Tom. 30)

SZILÁGYI ILDIKÓ: L'influence de la langue orale sur les vers libres de Jules Laforgue

116 Szilágyi Ildikó du refrain. II ne s'agit évidemment pas de sa forme usuelle dans les chansons populaires, puisque les reprises ne s'entendent jamais sur l'ensemble de la piece en question. A la maniére des interjections qui assurent une sorté de continuité au recueil, certaines formules reviennent d'un poéme ä l'autre. Le meilleur exemple de ce procédé est le retour sous diverses formes du titre de la piece initiale. Au vers 33, Laforgue ne fait que reformuler l'intitulé L'Hiver qui vient : C'est I'Hiver bien connu qui s'amene. (Au lieu de qui vient, on a la construction familiére : qui s'amene.) Bien connu peut se référer au titre, ou bien au cycle perpétuel des saisons, peut faire allusion au savoir commun : tout le monde sait, il est done inutile d'expliquer, comment est l'hiver. Le vers 40 ne garde que cet élément : c'est la saison bien connue, cette fois , il est devenu superflu de nommer de quelle saison on parle. Dans la suite, on se content e de répéter l'expression réduite : C'est la saison , qui re vient 7 fois, sans changement, dans quatre vers (I, v. 51, 62, 79, 82). C'est le titre d'origine qui réapparait au vers 44 du poéme VIII : Void l'hiver qui vient. II se transforms en I'automne qui vient dans les poémes VII (v. 93) et XI (v. 54). De mérne, le voeu de « tomb er ensemble ä genoux », repris, avec de légéres modifications dans les vers 15, 50 et 104 de Solo de lune , 4 3 revient une nouvelle fois dans la piece XI du recueil. 4 4 II est ä noter que les formes interjectives sont en rapport étroit avec le style nominal : on les rencontre presque toujours dans des constructions dépourvues de verbes. On a l'impression qu'elles prennent le rőle de l'élément verbal, rendent les phrases pareilles ä une plainte, on les ressent de cette maniére moins ou pas du tout elliptiques. H n'empéche que les phrases nominales créent des effets de rupture dans le déroulement syntaxique du poéme, elles produisent en général une sorté de vision statique, due ä l'absence de l'agent explicite et celle des indications temporelles et aspectuelles. Leur fréquence élevée est d'ailleurs l'une des caractéristiques syntaxiques les plus frappantes des Derniers vers. Par exemple, les 18 premiers vers du poéme O géraniums diaphanes ne contiennent aucun verbe. Ce ne sera jamais assez, / II n'y a qu'un reméde, / C'est de tout casser. (VI, v. 36—39) se réduira en un distique : Que nul n'intercéde, / II faut tout casser. (VI, v. 47—48). 4 3 Voulant trop tomber ensemble á genoux. (VII, 15) Pour tomber ensemble ä genoux. Ah !. . . (VII, 50) Ah ! que ne suis-je tömbé á tes genoux ! (VII, 104) 4 4 Pour que nous tombions ensemble ä genoux ! (XI, 6—7) Un dernier exemple de reprise d'un poéme á l'autre est fourni par la priére de Solo de lune : Oh ! du moins, soigne-toi je t'en conjure ! (VII, v. 20), Oh ! soigne-toi je t'en conjure ! (VII, v. 102), reformulée dans la piece VIII : Ah ! soignez-vous ! Portez-vous bien. (v. 46) et XII (v. 17) : Soigne-toi, soigne-toi ! pauvre coeur aux abois.

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