Az Eszterházy Károly Tanárképző Főiskola Tudományos Közleményei. 2003. Sectio Romanica. (Acta Academiae Paedagogicae Agriensis : Nova series ; Tom. 30)

SZILÁGYI ILDIKÓ: L'influence de la langue orale sur les vers libres de Jules Laforgue

L'influence de la langue orale sur les vers libres de Jules Laforgue 117 II s'agit d'une enumeration chaotique qui fait se succéder les mots les plus divers, reliés entre eux par des alliterations et rimes internes. H est significatif que les passages nominaux les plus longs et les plus Continus se trouvent en general dans la partie d'introduction des textes. Ces groupes ne sont le plus souvent que juxtaposes, précédés de ó, oh , ils pourraient done étre considérés comme des apostrophes. En ce qui concerne l'articulation syntaxique des poémes, on est en particulier attentif aux phrases ou l'ordre canonique est modifié. On n'arrive au noyau informatif qu'aprés de longs détours, soit parce qu'on énonce d'abord les circonstances (I, v. 14), soit parce que la car act éri sat ion du sujet retarde le prédicat. 4 5 On note dans ces derniers cas la reprise pronominale ( ÜOIÍS ) du sujet (respectivement : nuées, soleils), mis en relief par ce détachement. C'est une construction courante dans le langage parié. L'emploi métonymique (dire : le lycée ventre (I, v. 66) au lieu de : les lycéens rentrent ) y est également fréquent. II arrive que Laforgue supprime le début des constructions imp er sonnelies : (II est) impossible de modifier cette situation (III, 5) ; (II n'y a) pas de raison (VI, v. 57), (II n') y a pas de port (VII, 31). Cette économie est propre ä la langue populaire, l'omission du mot de négation ne y est habituelle. L'interrogation ä l'aide de la particule est-ce que mise en téte de la proposition 4 6 remplace l'inversion que la langue parlée aime éviter. Ces structures syntaxiques familiéres voisinent avec des constructions de registre httéraire : la phrase introduite par void et suivi d'un infinitif : Voici venir les pluies. . . (I, 63), se référe peut-étre au début du poéme de Baudelaire ( Harmonie du soir). L'absence de l'élément ne dans la forme interro­négative du vers (I, v. 74) : Serez-vous pas mes seules amours fpeut rappeler la construction archaique, ou bien imiter l'usage populaire. Dans la Variante de La Vogue , Laforgue éerivait encore : Vous serez mes seuls amours / 4T Le choix du genre feminin pour le substantif amour , ainsi que la formule interro-négative sont done d'introduction ultérieure. Anne Holmes a relevé quelques exemples dans le recueil des Fleurs de bonne volonte ou les locutions populaires, d'aprés le témoignage des variantes, n'apparaissent qu'ä une étape ultérieure. Leurs charmants yeux sont de vrais cadrans d'émail bleu devient leurs charmants yeux c'est. . . 4 5 Ah, nuées accourues des cötes de la Manche, / Vous nous avez gáté notre dernier dimanche. (I, v. 11—12) Soleils plénipotentiaires des travaux en blonds Pactoles / Des spectacles agricoles, / Ou étes-vous ensevelis ? (I, v. 16—18) 4 6 (Oh ! et puis, est-ce que tu connais, outre les pianos, / Le sobre et vespéral mystére hebdomadaire / Des statistiques sanitaires / Dans les journaux ?) (I, 75—78) 4 7 Laforgue, J. 1995. CEuvres completes, tome II, L'Age d'Homme, Lausanne, 301.

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