Az Eszterházy Károly Tanárképző Főiskola Tudományos Közleményei. 2003. Sectio Romanica. (Acta Academiae Paedagogicae Agriensis : Nova series ; Tom. 30)
SZILÁGYI ILDIKÓ: L'influence de la langue orale sur les vers libres de Jules Laforgue
110 Szilágyi Ildikó syllabique moins strict et ä la présence des vers faux (ayant une syllabe de trop ou en moins, insérés dans des séries réguliéres). Pour les éviter, dans quelques cas, on doit postuler l'élision, non marquée par le moyen de l'apostrophe. Les « e » muets interconsonantiques (ä prononcer et ä compter selon les régles traditionnelles) s'élident le plus facilement en fin de groupe accentuel, 1 5 ä l'intérieur d'un mot 1 6 et en position proclitique. 1 7 La longueur des vers fibres peut suivre en pleine liberté le mouvement des impressions, des sensations. II est superfiu de marquer par l'apostrophe typographique les « e » muets qui seraient surnuméraires dans le décompte syllabique. Le souci de rapprocher la diction de la prononciation naturelle met fin ä l'obligation de prononcer le « e » muet intérieur et le « e » muet final devant une initiale consonantique. Dans les poémes líbérés des Fleurs de bonne volonté , le parti pris de la plus grandé régularité métrique nécessite, dans quelques cas, des réalisations en diérése complétement artificielles, motivées éventuellement par des raisons d'ordre stylistique. La diérése du mot question par exemple, équihbre les mots qui se trouvent en position de rime et met en relief l'enjambement : Mais peut-il étre question / D' aller tirer des exemplaires / De son individu si on / N'en a pas une idée plus claire ? Dans un contexte libre oil la « pression métrique » 1 8 ne fait plus critére, on peut adopter la prononciation non poétique, celle du langage courant qui réduit les deux voyelles en contact en une seule syllabe ( synérése). L'enchainement voyelle + « e » + consonne ( Messageries, DV, I. v. 1), interdit dans la versification classique, est laissé ä l'intérieur des vers (dés les années 1870), tout comme l'hiatus. Leur proscription, considérée comme arbitraire, est avant tout un probléme graphique (et non métrique), et implique des considérations esthétiques. Laforgue se permet d'écrire dans ses Derniers vers par exemple : ö échos (I, v. 43), tu es (II. v. 17), 1 9 mais ne eher che plus ä choquer le lecteur comme c'était encore certainement le cas dans ses Complaintes et dans plusieurs poémes des Fleurs de bonne volonté. 2 0 1 5 l'Homm(e) (XXIV, v. 11), gouttiér(e)s (XLVI, v. 33), la natur(e) (LV, v. 2) 1 6 parfait(e)ment (V, v. 7), v(e)naisons, elision difficile á réaliser, (XIX, v. 11) 1 7 tout d(e) suite (XLI, v. 12) ; je vous l'demande (XXI. v. 15) 18 Terme emprunté ä Cornulier, B. de 1982. Theorie du vers. Le Seuil, Paris, 142—143. 19 Outre les cas de l'hiatus toléré méme selon les régles classiques — á cause de la présence d'une consonne graphique, par exemple : au haut du coteau (I, v. 19) — on peut relever une trentaine d'occurrences dans le recueil entier. 20 • s • . . II suffit de lire le poéme initial de ce recueil (I, Avertissement, v. 13—14) pour s'en convaincre : « Et elles, pas assez intraitable !! / Mais tout l'temps la ä s'extasier !. . . »