Századok – 1987

TANULMÁNYOK - Pándi Lajos: A Salazar-diktatúra évei (1926-1961) 1061

1100 PÁN DI LAJOS En effet, par suite de progrès indiscutables, la fin des années trente a vu la formation d'un large consensus social vis-à-vis du régime. Alors que le retard du Portugal par rapport aux pays industriels de l'Ouest ne cessait de s'accouser en raison de la stagnation économique, une communauté d'intérêts s'est cristallisée en même temps sur les thèmes de l'ordre, de la stabilité et du maintien de l'empire colonial. L'alliance politique pour la préservation du régime était basée sur un compromis entre les officiers de l'armée d'une part et les milieux de technocrates étroitement liés aux corps de hauts fonctionnaires de l'autre, qui partageaient entre eux les postes de commandement. Le contenu de classe du régime se définissait comme un compromis des classes dirigeantes traditionnelles. Sa base sociale était constituée par les couches moyennes, tandis que ses victimes étaient la classe ouvrière et la population autochtone des colonies. La politique basée de plus en plus sur des ressources nationales et coloniales, l'isolationnisme de plus en plus marqué et la politique de neutralité qui en découlait ont permis au Portugal de Salazar de survivre à la réorganisation générale suivant la deuxième guerre mondiale. La reconstruction à l'échelle mondiale, puis la guerre froide ont prolongé le délai jusqu'au milieu des années cinquante, parallèlement à un renforcement notable du régime. Or la fin de la deuxième guerre mondiale a ouvert pour le Portugal une phase de conjoncture historique défavorable : la dictature colonialiste devait affronter la tendance mondiale de la décolonialisation. Dès la deuxième moitié des années cinquante l'État conservateur organisé dans le but de la stabilisation se heurtait aux débuts de la croissance économique, à l'intégration ouest-européenne et aux mouvements de libération de l'Afrique noire. Le dilemme de la stabilité et de la croissance (c'est-à-dire du développement) — quia abouti a toute une série de crises entre 1958 et 1962 — a été finalement résolu par l'abandon de l'isolationnisme dans le but du maintien de la stabilité visant à la conservation des structures : tandis qu'on renforçait la dictature et le corporatisme dans la métropole même et qu'on entreprenait des guerres pour maintenir les colonies dans une dépendance totale, on se résignait à l'ouverture économique et par conséquent à la dépendance vis-à-vis des pays industrialisés. Ainsi le régime est-il parvenu à opérer une seconde stabilisation sans avoir modifiée les traits essentiels de l'État salazariste. L'accélération de la croissance dans la dépendance d'autres États capitalistes a reproduit par la suite le dilemme de la stabilité ou du développement.

Next

/
Thumbnails
Contents