Sonderband 2. International Council on Archives. Dritte Europäische Archivkonferenz, Wien 11. bis 15. Mai 1993. Tagungsprotokolle (1996)
4. Session / Séance. Strategies for Links with Historical Research / Stratégies de Communication envers la Recherche historique - Nebiker, Regula: Towards a New History of Europe (pre-integration period). The Archival Point of View / Pour une nouvelle Histoire européenne (avant l’intégration) (english 373 - français 382)
4. Session/Séance: Nebiker, Pour une nouvelle histoire européenne Cela m’amène à la deuxième partie du titre de mon exposé: „avant l’intégration“. Ce complément au titre nécessite lui aussi un éclaircissement: nous référons-nous à l’historiographie telle qu’elle a été pratiquée jusqu’ici, c’est-à-dire avant l’intégration européenne? Il faudrait alors relever, si l’on s’en tient à la limitation susmentionnée du thème à des considérations archivistiques, la grande diversité en matière d’archives européennes: différences des traditions archivistiques qui ont marqué les archives de manière décisive, et différences entre les législations qui ont une grande importance pour la recherche, par exemple dans le domaine des dispositions relatives à la protection des données, à l’accès aux archives, aux délais de consultation, etc. Le complément du titre peut toutefois se référer aussi à l’objet de l’historiographie européenne, c’est-à-dire à „l’Europe d’avant l’intégration“. Spontanément, on pourrait dire que l’on ne peut guère faire plus pour le moment. Il est vrai, en bonne logique, que l’histoire d’une époque postérieure à l’intégration ne peut guère s’écrire tant que l’intégration n’est pas achevée. Ce qui importe bien davantage en revanche, c’est de savoir ce que l’on entend par „intégration“. Devons- nous nous concentrer sur la seule intégration politique de la CE? Cela voudra-t-il dire, alors, que l’intégration ne s’étend qu’aux seuls Etats membres de la CE? L’intégration en tant qu’événement clairement concevable aura-t-elle lieu à un moment déterminé? Quel sera alors ce moment? Les accords de Maastricht? En fin de compte, quand nous trouvons-nous avant, et après l’intégration? Je crois que le type de l’historiographie choisie devrait jouer un rôle important justement pendant le processus d’intégration, et c’est ce que j’aborderai maintenant. Dans l’allocution que je viens de citer, Mommsen rappelle comment les bouleversements politiques récents ont fait apparaître une fois de plus l’importance d’une interrogation constante du passé. Un vieux phénomène revient à la surface avec beaucoup de netteté - peut-être faudrait-il l’appeler „penchant humain“ - à savoir le fait que l’historiographie a souvent servi de prétexte à à des fins de légitimation et d’instrument de propagande politique. Le besoin de se s’orienter par rapport au passé est un phénomène typique à des époqies de bouleversements sociaux. Les historiens et les historiennes ont alors tout loisir de constater que les acquis récents de leur discipline sont peu pris en compte. On s’en tient au contraire à une histoire mythique surannée qui ne résiste guère à un examen critique. Un exemple de Suisse le démontre fort bien: 1991 était l’année officielle des festivités marquant le 700e anniversaire de la Confédération. La date du premier pacte consigné par écrit, conclu il y a sept cents ans par les trois communautés d’Uri, de Schwyz et d’Unterwald, fut fêté comme le jour de la naissance de notre Etat „suisse“ actuel. Ces festivités ont été le prétexte de raviver les mythes transmis par l’enseignement de l’histoire depuis un siècle au moins, autrement dit une conception historique qui, en dernière analyse, prend ses racines dans le siècle passé. Une interrogation critique et une rectification de ces représentations romantiques et dépassées n’ont été relevées ni par le grand public, ni par les élites. 383