Bereczky Erzsébet (szerk.): Imre Madách: La Tragédie de l'Homme. Adaptation Française de Jean Rousselot. Précédée de Textes sur Diverses céreations de l'Oeuvre (Budapest, 1986)

La Tragédie de l'homme (texte intégral)

LE SEIGNEUR Sache qu’en moi, dans mes projets profonds, Vivait déjà tout ce qui vient de naître. Oui, tout cela, depuis le fond des temps! LUCIFER Ne sentais-tu pas entre tes pensées Un vide, un obstacle à toute existence? La Création, il t’y a forcé, Cet obstacle qui a nom Lucifer, Primordial esprit de Négation. Sans Lucifer, pas de création! Tu m’as vaincu, car c’est ma destinée, Mais tu sais que, toujours, je me relève Plein d’une force accrue! Et la matière Que tu créas m’ouvre une autre carrière. Car la mort côtoie la vive! Car le doute Est à côté de l’espoir! Car la nuit Est l’épouse du soleil! Car la joie Est à deux pas du malheur! Tu le vois, Je suis avec toi partout où tu es Et te connaissant si bien, tu voudrais Que, moi, je te rende hommage? LE SEIGNEUR Ah, va-t-en! Blasphémateur! Eloigne-toi de moi! Je puis t’anéantir et, cependant, Je ne le ferai pas’ Je te bannis A tout jamais du monde des esprits. Voilà ton châtiment! Je te condamne A être seul, haï! Tu erreras, Tu seras l’étranger, partout, •fu traîneras Dans le limon, sans réconfort spirituel, 138

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