Bereczky Erzsébet (szerk.): Imre Madách: La Tragédie de l'Homme. Adaptation Française de Jean Rousselot. Précédée de Textes sur Diverses céreations de l'Oeuvre (Budapest, 1986)
La Tragédie de l'homme (texte intégral)
L’ARCHANGE RAPHAEL En donnant au corps une conscience Et en admettant l’univers entier Aux divins secrets de la Connaissance, Tu répands la félicité. Hosannah, O Bonté! (Il se prosterne.) LE SEIGNEUR, après un temps. Et toi, Lucifer, tu restes muet? Tu ne courbes pas le front devant moi? Manques-tu de mots pour me rendre hommage Ou n’aimes-tu pas ma création? LUCIFER Eh! en quoi est-elle si admirable? Telles de ses substances sont pourvues De qualités que toi-même ignorais Ou que tu leur soupçonnais, tout au plus, Et qu’à présent tu ne saurais changer. Avec cela tu as pétri des boules Qui vont se bousculant et pourchassant. La conscience, un jour, s’y glisse-t-elle En quelques vermisseaux? Cela ne dure Que le temps d’un éclair. Puis tout se glace Et redevient inerte comme avant. S’il en perce le secret, quelque jour, L’homme en fera tout autant que toi-même Dans son laboratoire et ses cornues. Tu l’as mis dans ta cuisine et tu ris De le voir gâcher la pâte et se prendre Pour un dieu. Mais, quand il a tout gâté, Tu t’enflammes de colère’ Un peu tard! Pouvais-tu vraiment attendre autre chose 136