Petőfi gyüjtemény - B sorozat / 45-ös doboz

JÓKAI. 183 voulait être acteur et déclamait avec conviction les vers de son ami Orlai qui se croyait poète. L’avenir rétablit leschoses : Orlaipritle pin­ceau de Jôkai et se fit un nom dans la peinture. Petœfi fut le poète lyrique incomparable dont les chants patriotiques sont immortels et Jôkai devint l’écrivain que l’on fête aujourd’hui. Il fit ses études de droit à Presbourg et à Pâpâ, puis il entra chez un avocat. Dans la journée, il noircissait du papier timbré; le soir, il écrivait des nouvelles qui étaient fort bien accueillies. Un jour, il fut chargé de diriger la vente du mobilier d’un pauvre paysan ; parmi les objets à vendre se trouvait une vache. Son jeune gardi.en ne voulait pas s’en séparer, il pleurait; le jeune avocat, dit-on, en fit autant. Après cet incident, il renonça à un métier qui comportait de si dures nécessités et se jeta dans le journalisme. La révolution approchait, les débats de la Diète, les assemblées des comitats, les agitations politiques donnèrent un grand essor à la presse et firent naître un mouvement littéraire presque sans exemple dans l’his­toire des peuples. Les jeunes gens s’enthousiasmaient, remplissaient les journaux d’articles enflammés, et Petœfi, par ses poésies vibrantes de passion pour la patrie et la liberté, soulevait les masses. Le \\ mars IS'IS, Petœfi et .Jôkai, accompagnés de deux autres jeunes écrivains et suivis de la foule, se présentèrent chez un des principaux imprimeurs de Pest et demandèrent qu’on imprimât immédiatement leurs manuscrits. — Le visa de la censure y manque, fit observer l’imprimeur. — Il n’y a plus de censure, vous pouvez imprimer ! — Je ne céderai qu’à la force, dit l’imprimeur; mais saisissez les presses et je ne serai plus responsable. Un jeune homme s’avança et saisit les presses, au nom du peuple. Les ouvriers, animés d’un entrain patriotique, composèrent et imprimè­rent les manuscrits. L’un était les Douze articles, reproduction un peu différente de l’adresse de la Diète et énumérant les revendications de la nation hongroise; l’autre était un poème de Petœfi : Debout, Hongrois. La lecture des Douze articles et la déclamation du poème furent accueillis par de frénétiques eljen. On sait comment se termina la révolution. De longues années de sombre réaction suivirent; tandis que la Hongrie opprimée souffrait et espérait, Jôkai entretenait le feu sacré par ses récits; il exaltait les héros qui avaient combattu pour la Hongrie, il glorifiait l’amour de la patrie et de la liberté; il faisait vibrer la corde patriotique dans l’âme de tout un peuple. Les grands événements comme les grandes émotions font jaillir les âmes fortes qui savent les revêtir d’une forme palpitante; elles consolent

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