Folia Theologica 1. (1990)

Ferenc Szabó: Pázmány théologien

58 F. SZABÓ historique, et c’est pour cela qu’il ne connaissait pas la ressemblance de certaines de ses propositions avec des thèses condamnées. P.ex. l’homme peut, par le libre arbitre seul, se préparer à la grâce; la connaissance des Vérités à croire étant supposée, il est au pouvoir du libre arbitre de passer à l’acte de foi. En dépit de certaines ambiguïtés des écrits de jeunesse, Saint Thomas requiert une intervention divine à une fin surnaturelle, même quand elle suscite un acte moral naturel. „La préparation qui se fait par le libre arbitre sans la foi ne constitue qu’une disposition éloignée, c’est-à-dire insuffisante; non pas un mérite de congruo, mais une capacité passive, une ordination à recevoir. La disposition ultime, seule suffisante, est un effet de la grâce sanctifiante et des vertus infuses, par lesquelles l’homme accomplit les actes de foi et de charité nécessaires à la justification.”21 Mais Pázmány devait tenir compte des erreurs protestantes et de celles de Baïus. Contre les protestants, le Concile de Trente affirmait que le péché d’Adam n’a pas détruit le libre arbitre, bien qu’il l’ait affaibli. Par conséquent, l’homme a la capacité physique de poser des actes moralement honnêtes, car il est obligé d’observer la loi naturelle. En condamnant les erreurs de Baïus, l’autorité ecclésiastique a déclaré de nouveau que l’homme a la capacité naturelle de faire des oeuvres moralement honnêtes. Mais de cette capacité ne s’ensuit rigoureusement que de fait les hommes accomplissent, sans secours de la grâce, des actes moralement bons. Autrement dit, et c’est l’opinion de Pázmány: Dieu nous a donné par la création la liberté, et nous sommes capables de faire le bien et le mal. Mais ce „don” de la création (concours ontologique) n’est pas "grâce" au sens strict du mot qui est, de fait, toujours nécessaire pour accomplir un acte moralement bon et salutaire. Ainsi, la grâce (l’inspiration du Saint-Esprit) est-elle nécessaire pour Y initium fidei et le pius affectus credulitatis? Notons bien, que dans l’analyse du processus de la justification et donc de l’acte de foi, Pázmány met une césure nette entre lespraeambula, donc tout ce qui précède l’acte proprement dit (tout ce qui est aspect „apologétique” au sens moderne du mot) et la justification elle-même par l’acte de foi. C’est ce qu’on n’a pas compris clairement quand on a 21. H. BOUILLAE.D, Conversion et grâce chez Saint Thomas d’Aquin, 1944, p. 85.

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