Folia Theologica 1. (1990)
Ferenc Szabó: Pázmány théologien
54 F. SZABÓ Mais la foi est une vertu théologale, Dieu intervient dans le jeu des facultés humaines pour rendre possible un mode de connaissance qui leur serait naturellement inaccessible: „Lorsqu’il adhère à ce qui est de foi — écrit Saint Thomas — l’homme est élevé au-dessus de sa nature; il faut donc qu’il ait cela en lui par un principe surnaturel qui le meuve du dedans; et ce principe, c’est Dieu. La foi, quant à cette adhésion qui en est l’acte principal, vient de Dieu, qui, par sa grâce, nous meut intérieurement” (II—II 6,1). Gratia facit fidem; fides est donum Dei: S. Thomas le répète en renvoyant aux textes scripturaires exploités par S. Augustin en ce sens.17 Jusqu’ici, tous les théologiens catholiques suivent S. Thomas, tous sont „thomistes”, et parmi eux Pázmány, commentateur de S. Thomas (00 IV 379-383). Mais à ce point se pose une question grave (IV 383): il semble qu’on ne puisse pas fonder l’acte de foi simplement sur l’autorité de Dieu révélant (Prima veritas), comme ultima ratio. Nous avons besoin des signes extérieurs qui attestent que c'est Dieu lui-même qui a révélé cette vérité (ou encore: on suppose ou on prouve pour les „gentils” que Dieu existe et qu’il a donné une révélation...). Il s’agit donc des signes de la crédibilité. Comment faut-il donc concevoir l’action divine (grâce) qui seule explique, en dernière analyse, la foi du chrétien? Plus exactement: quel est le role de la connaissance et de la volonté (liberté) humaines et celui de la grâce dans l’acte de foi; comment l’homme qui a entendu la prédication de l’Evangile, se décide-t-il à croire? Ou encore: pourquoi, dans l’acte de foi, l’esprit s’appuie-t-il, en dernière analyse, sur l’autorité du Dieu révélant, et non pas sur les preuves de la raison? Quel est le rapport entre l’autorité absolue de Dieu (objet ou motif formel de la foi) et les signes ou preuves rationnelles de la crédibilité (praeambula fidei)? C’est Y analysis fidei au sens strict de l’expression, autour de laquelle il y eut beaucoup de discussions au cours des siècles, de Pázmány jusqu’à nos jours. J’ai montré18 que dans l’analyse de l’acte de foi, Pázmány suit G. de Valencia, comme d’ailleurs dans la question de la coopération humaine avec la grâce prévenante. 17. Nombreuses références dans AUBERT, pp. 48-51. 18. SZABÓ, in: Pázmány Péter emlékezete, 120-146.