Tátrai Vilmos szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 87. (Budapest, 1997)

B. SZABÓ, JÁNOS: Une toile oubliée d'Edouard von Engerth Réflexion sur l'iconographie de la bataille de Zenta

C'est ainsi que le choix a dû tomber sur une variante de la scène de bataille « glorificatrice », genre cultivé à l'âge baroque, mais reprise et modernisée par les pein­tres officiels de Napoléon au début du XIX e siècle en France, et qui s'harmonisait avec l'époque d'Eugène de Savoie. 26 Dans la monarchie habsbourgeoise, il n'existait à cet égard aucune tradition vivante et, à part les tableaux de Peter Krafft consacrés aux quelques succès de l'armée autrichienne durant les guerres napoléoniennes, on ne trouve nulle trace de ce type de représentation. 27 D'où la surprise provoquée par le tableau d'Engerth, exposé en 1865 dans la petite Redoute du Hofburg à Vienne. Son succès dépassait tout ce qu'on pouvait imaginer ; environ 60 000 personnes l'avaient visité rien qu'à Vienne, sans compter ceux qui étaient allés le voir à Berlin ou dans d'autres villes ayant demandé de pouvoir le montrer chez elles. 28 La toile fut finalement acquise par François-Joseph en échange de 15 000 florins pour orner les murs du château royal de Buda. Avant d'être accroché à son emplacement défi­nitif au Palais, le tableau arrivé à Budapest à la mi-novembre 1865 fut présenté au public pendant quelques semaines dans une salle de la Redoute (Vigadó) à Pest. Ne pouvant pas y tenir dans son intégralité, on se résigna d'en mutiler la partie supérieure. 29 Il n'est pas encore clair si le souverain, désireux de trouver un compromis avec les Hongrois, avait l'intention de faire là un geste politique et, dans l'affirmative, quels objectifs concrets il poursuivit à la veille de l'ouverture de la session parlementaire de décembre. Le fait d'avoir acheté le tableau pour son palais de Buda pouvait en tous cas indiquer qu'en sa qualité de roi de Hongrie, il avait à cœur le sort de sa résidence dans le pays. Sur la toile, on observe de même un détail susceptible de revêtir une impor­tance de signification politique. Il s'agit de l'adresse figurant sur la lettre qu'exhibe l'estafette. Elle est adressée en effet non pas à l'empereur mais au roi, probablement à Leopold, roi de Hongrie. La mise en relief de ce titre pose une question fort intéres­sante dans la situation donnée, car François-Joseph n'était pas le roi légalement élu du pays avant 1867. Prendre position sur l'attribution du titre de roi par élection ou éven­tuellement par héritage pouvait signifier l'acceptation ou le refus des lois et de la léga­lité hongroises d'avant 1848. L'immense toile fut finalement accrochée à l'endroit prévu, mais le vrai succès ne venait que commencer pour Engerth. Le 1 er février 1865, il se vit nommer professeur de la peinture d'histoire à l'Académie de Vienne. Bien que ses élèves n'aient joué aucun rôle dans la vie artistique hongroise, son œuvre monumentale, la victoire de Zenta, exerça quant même une certaine influence sur les artistes de la Hongrie. Déjà les précédentes recherches en histoire de l'art avaient découvert que le tableau géant de Gyula Benczúr à sujet analogue, la Reprise de Buda, avait eu comme modèle la com­26 Schoch, R., Das Herrscherbild in der Malerei des 19. Jahrhunderts, München 1975, pp. 69-72. 27 Vancsa, E., Zu den « Vaterlandischen Historien » Peter Kraffts, Wiener Jahrbuch für Kunstgeschichte 27 (1974) pp. 158-176 ; Froedl-Schneemann, M., Johann Peter Kraft 1780-1856, Wien-München 1984, L'archiduc Charles dans la bataille d'Aspern (1809) n os 74, 92, 99, 170 et Le prince Schwarzenberg et les monarques alliés dans la bataille de Leipzig (1814) n c>s 73, 75, 77, 171, 172. 28 Schickh, op.cit. (n.15), p. 20 ; Cat. Engerth, op.cit., (n.13) p. 70. 29 Cat. Engerth, op.cit. (n. 13) p. 70 ; Vasárnapi Újság (Journal du Dimanche) 1865, p. 580; C'est avec un respect tout particulier que l'empereur François-Joseph cultiva la mémoire d'Eugène de Savoie à Buda. Ainsi, il acheta également la statue équestre de József Róna, qui n'avait pas trouvé d'acquéreur à Zenta, pour la faire installer devant le palais de Buda.

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