Tátrai Vilmos szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 87. (Budapest, 1997)
EÖRSI, ANNA: Fuit enim Maria liber. Remarques sur l'iconographie de l'Enfant écrivant et du Diable versant l'encre
32 centimètres, qui se trouve au Louvre (fig. 12). 41 Selon Meiss, elle date de la fin du XIV e siècle, et remonte au même prototype que la Vierge du Livre d'heures de Bruxelles. La posture de l'enfant - à l'exception de son regard - est identique à celle de l'Enfant Jésus de la miniature. Sur la figurine, les deux mains de la Vierge sont beaucoup plus naturelles : sa gauche ne fait que tenir l'enfant, tandis que sa droite prend d'un geste cette fois naturel la banderole devenue plus courte. Je crois pourtant que cette figurine doit être interprétée de façon analogue à la miniature : la main droite de la Vierge montre ici au spectateur le rouleau symbolisant le Verbe incarné, plutôt qu'elle ne le protège. La troisième œuvre appartenant à ce groupe est le frontispice, exécuté entre novembre 1405 et mai 1406, d'un livre contenant des traités moraux; elle provient, selon Meiss, de l'atelier Luçon (fig. 13). 42 Elle représente la fille du duc de Berry, sa propriétaire, priant la Madone en compagnie d'une de ses dames d'honneur. La Vierge et son Enfant ressemblent ici davantage aux figures de la miniature de Bruxelles : le Christ tétant sa mère essaie de regarder aussi le spectateur, et la banderole sur laquelle il écrit est de nouveau très longue. La Vierge est assise sur un trône monumental, et ses deux mains révèlent que l'artiste avait vu de ses propres yeux la miniature de Bruxelles. Pourtant, en raison d'un certain nombre de modifications plus ou moins importantes, cette représentation a un message différent de celui de la Madone de Bruxelles et de la figurine du Louvre. La banderole est cette fois couverte de texte. On y voit la prière du donateur : « Mater dei memento mei. .. Pater noster qui es in cœlis sanctificetur nomen tuum. Adveniat regnum tuum » (Matthieu VI, 9-10), suivie du« fiât» du Christ. Cette banderole n'est pas le symbole du Verbe incarné, et ce non seulement en raison du texte qu'elle contient. Son bout a glissé de la main gauche de la Vierge. Ici aussi, elle n'emploie que deux doigts (l'index et le médius) à soutenir l'Enfant, alors qu'elle pourrait très bien se servir aussi de son annulaire et de son auriculaire, car ils ne tiennent rien. Le peintre a fait preuve d'un peu plus d'habileté en transformant la main droite de la Vierge : celle-ci la tient de nouveau au-dessus du rouleau, tout comme sur le prototype, mais tend ici l'index et l'auriculaire vers le demandeur. Ce geste, dit âecorno, signifie dans ce contexte l'encouragement, l'incitation. Les modifications vues dans la miniature pouvaient être inspirées par des représentations de donateurs, où le texte de la prière de demande du commanditaire s'enroule sur une longue banderole se dirigeant vers la Madone et son Enfant. 43 Élément nouveau, la couronne de la Vierge exprime que la médiatrice est la reine du Ciel. Le motif de l'Enfant écrivant a changé de signi41 Parkhurst, op. cit., p. 302, fig. 36 ; Meiss, M., French Painting in the Time of Jean de Berry. The Late Fourteenth Century and the Patronage of the Duke, London 1967, vol. I, p. 206 ; vol. II, fig. 669. 42 Paris, BN, fr. 926, fol. 2. Parkhurst,op. cit., p. 302, fig. 35; Meiss,op. cit., vol. I, p. 206; vol. II, fig. 667. 43 V. par. ex. Pierre de Luxembourg devant la Madone, Avignon, Musée Calvet, ms. 207, fol. 8 (Meiss, op. cit., vol. II, fig. 655).