Tátrai Vilmos szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 84. (Budapest, 1996)
SZIGETHI, ÁGNES: OEuvres inédites de Girolamo Pesci a Budapest
deux pièces peintes probablement sur commande privée, mais destinées de toute façon à usage privé, représentent, en revanche, des scènes historiques de la vie du saint, dans un style simple et clair, et sur un ton plus intime. Les scènes historiques de la vie de Saint Bernard - à l'opposé des scènes de ses visions - apparaissent rarement en tant que sujet de tableau de cabinet. Parmi les contemporains de Pesci, Giuseppe Passeri et Pietro De Pietri, tous deux dans l'orbite de Maratta, exécutaient des œuvres semblables qui se trouvent actuellement au Musée de Dijon, provenant de l'abbaye de Citaux, d'où venait probablement la commande. 11 Par contre, nous ne connaissons guère les circonstances à l'origine des tableaux de Budapest, ni le lieu, ou la date de l'achat par Pyrker, dont la collection - seul élément que nous connaissions - provenait surtout de Venise et de Rome, mais également d' Eger. 12 Sur l'un des deux pendants, on aperçoit Bernard - considéré comme soutien fervent de la papauté à l'époque des antipapes - remettant son livre dédié à son ancien élève, le pape Eugène III, avec la phrase suivante sur la page ouverte : «De Consideratione ad Eugenium PP III». La scène située dans un espace d'architecture classique, décoré de statues et peuplé de nombreux personnages, est déployée horizontalement à la manière d'une frise. Suivant une méthode couramment appliquée dans ses œuvres, Pesci crée un effet de zig-zag par l'emplacement des personnages et le jeu horizontal de la hauteur des têtes. Le cardinal assis dans la pénombre, à l'extrémité gauche du tableau, évoque le souvenir des figures-repoussoir, et sert à la fois de contrepoint spatial à la figure en pleine lumière du hallebardier placé à droite. Dans cette scène d'une simplicité quasi-puritaine, l'auteur relie les figures entre elles et aux deux protagonistes - au pape assis sur son trône de bois sculpté, situé sur une estrade à marches et au Saint agenouillé devant lui - par leurs gestes larges et en focusant leur regard. Dans la peinture caractérisée par le traitement délicat de la lumière et des couleurs claires (vert, gris et blanc, d'ailleurs ternies par le jaunissement du vernis, dont l'enlèvement serait utile pour un jugement esthétique plus authentique des deux tableaux), les draperies possèdent un rôle-clé; les draperies pesantes suspendues au coin gauche, l'habit des moines ou l'habit sacerdotal des prélats. Le flottement des plis dessinés avec beaucoup de recherche et avec bravoure évoquant la manière de Maratta - détermine entièrement l'effet de l'œuvre, Pesci s'inspirant cette fois probablement de la méthode de son autre maître, Trevisani. Le tableau de Pesci rappelle avant tout le carton de Trevisani réalisé en vue de la mosaïque du baptistère de l'église Saint Pierre, 13 avec la différence significative suivante : le dynamisme dramatique de ce dernier se transforme ici en un formalisme fin et doux. 11 Seicento, le siècle de Caravage dans les collections françaises, cat., Paris-Milan 1989, n° 61 et 114 (par Kühnmunch. J.). 12 Harasztiné Takács, M., A Pyrker Képtár a Szépművészeti Múzeumban (La collection Pyrker au Musée des Beaux-Arts), in Pyrker Emlékkönyv (Mélanges Pyrker), Eger 1987, pp. 212, 214. 13 Di Federico, F. R., Francesco Trevisani, Washington 1977, fig. 79. 4S