Tátrai Vilmos szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 82. (Budapest, 1995)

GABODA, PÉTER: Conclusions historiques (et muséologiques) du trajet d'une statue égyptienne

ses relations avec Fouad Pacha et Ali Pacha), il avait quitté la capitale turque à la mi-mai. 28 On attribue, en général, à l'intervention de Prokesch l'obtention du "ferman" quoiqu'il s'agisse ici d'une autre personne d'après un rapport de l'époque: "Nous avons été accueillis par le Grand vizir dans sa résidence d'été au bord de la mer, que nous avons visité encore secrètement plus tard, grâce à l'intervention d'un brave compatriote, le premier jardinier Sipos." 29 Ils ont pu donc se rendre de nouveau à Eski Sérail, le 26 mai, où ils ont pu étudier encore plus de manuscrits apportés du Kubbe alti (plusieurs des "Corvinas" découverts en 1862 par la délégation ont été restitués à la Hongrie par le sultan en 1869 et en 1877). On peut relever des liens étroits entre la visite de la délégation de l'Académie à Constantinople et l'arrivée de notre statue égyptienne en Hongrie. Le texte suivant confirme l'hypothèse selon laquelle Sipos a reçu vraiment cette pièce de Fouad Pacha: "Nos voyageurs ont fait la connaissance de Sipos, premier jardinier d'origine hongroise de Fouad Pacha, qui envoie à notre Musée National une statue qui lui avait été offerte par son maître." 30 Le texte illustre bien l'estime mérité par Sipos auprès de son maître, estime motivé par "l'hungarophilie" connue de Fouad 31 et surtout par la sympathie personnelle. 32 Ce geste noble de Fouad Pacha peut être considéré comme un beau symbole de l'amitié hungaro-turque au XIX e siècle. En dehors de la découverte des manuscrits "Corvinas", la mission de l'Académie a pu enregistrer d'autres résultats tel l'établissement de relations scientifiques avec Prokesch qui se sont traduites par la suite par l'acquisition d'objets d'art. De tels objets, deux vases canopes en "albâtre" (portant le nom du 28 Une pareille situation s'est reproduite en 1894 quand Budapest, préparant les festivités du millénaire, a voulu emprunter au sultan des objets d'art pour une exposition présentant l'histoire de Hongrie. L'intervention de l'ambassadeur austro-hongrois de l'époque F. Calice (linguiste et égyptologuc après sa mise à la retraite) n'a suffit qu'à "mettre en marche" l'appareil bureaucratique oriental tournant bien lentement. Par contre, Vámbéry a agi avec efficacité grâce à ses connaisanecs. 29 Cf. Ipolyi, A., Értekezések a történettudomány köréből 7 (1878) p. 52. 30 Cf. Nefelejts 1862, n° 12, p. 147. (Extraits du compte rendu de Kubinyi à l'Académie. Je n'ai pas réussi à retrouver, dans les archives de l'Académie, les actes d'un autre compte rendu important: le rapport secret d'Ipolyi à l'Académie). 31 En tant que haut commissaire turc dans les principautés danubiennes, Fouad a fait preuve d'une attitude politique équivoque à l'égard des Hongrois pendant la guerre d'indépendance de 1848-49. Cette attitude s'explique par les craintes de la Porte devant les événements d'une part et, de l'autre part, par ses principes politiques (la sauvegarde de l'Empire Ottoman au prix de réformes, réprimant tout mouvement nationaliste éventuel). Par contre, l'attitude hostile des Turcs à l'égard des Habsbourg et des Russes et leurs sentiments d'amitié envers la Hongrie ont inspiré à Fouad de la sympathie pour la cause des Hongrois. Cf. Waldapfcl, E., A független magyar külpolitika 1848-49, Budapest 1962, p. 159; 180-85; 255. Fouad ne s'attardait pas à apporter son aide aux réfugiés hongrois. 32 Ármin Vámbéry fut vivement intéressé par la personnalité de Fouad: "After Ali Pasha the personality of Fouad Pasha interested me especially. This tall, stately man, with refined, thorogoughly European manners, who, with his sparkling and humorous aperçus, was more like a Frenchman than a Turk". Cf. Vámbéry, A., The Story of my Struggles, London 1904, p. 139; Id., Küzdelmeim, Budapest, 1905, p. 145. Vámbéry, qui a recueilli beaucoup de "bon-mots" de Fouad, raconte, dans l'édition hongroise de son autobiographie, l'anecdote suivante pour illustrer les rapports entre Fouad et Sipos: "A l'époque, Fouad fut le plus eminent hungarophile dans l'Empire. Il a confié à notre compatriote Gyuri Sipos l'entretien du jardin magnifique de sa résidence d'été à Kanlidsia. Quand le duc de Brabante, le roi actuel de Belgique, a visité ce jardin, Fouad lui présenta son jardinier en disant: - Voyez, c'est un réfugié hongrois qui sait non seulement manier les armes mais aussi soigner les fleurs." Cf. op.cit. p. 146-47. (Cette épisode devait avoir lieu au printemps 1860, cf. Aschcrson, N., The King Incorporated. Leopold II in the Age of Trustees, London 1963, p. 45).

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