Varga Edith szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 74. (Budapest, 1991)

SZILÁGYI, JÁNOS GYÖRGY: Le legs d'András Alföldi

ses enseignements au cadre étroit d'une orientation scientifique « nationale ». Le 2 mai 1945 vit tenir, une semaine avant la fin de la guerre dans un Budapest qui n'était plus que ruines, la première session de la Corona Archaeologica, qu'il avait créée à l'Institut de Numismatique et d'Archéologie de l'Université de Budapest. Le grand organisateur scientifique qu'il était y avait été amené par la conviction passionnée que le problème le plus urgent consistait à faire redémarrer les travaux scientifiques, et ce en y apportant la plus grande intensité intellectuelle possible. Mais le programme de ces sessions hebdomadaires, de même que l'introduction qu'il écrivit en 1946 pour la revue Antiquitas Hungarica, créée à son instigation et publiée sous la direction de Tibor Nagy, indiquent clairement qu' Alföldi avait radicalement reformulé jusqu'à ses vues sur les objectifs les plus spécifiquement hongrois des recherches consacrées à l'Antiquité dans le pays. En effet, à la suite d'un processus qui avait pris son départ quinze ans plus tôt environ dans son oeuvre, les critères de l'universalité passent au premier plan également dans les objectifs ouvertement fixés, et il prône l'abolition des frontières entre sujets universels et sujets hongrois, et entre l'archéologie et les autres sciences. « Mais y a-t-il vraiment plusieurs sciences ?», écrit-il. Et de répondre on ne peut plus nettement : « Il n'y en a pas plusieurs. Nous proclamons qu'il n'existe qu'une seule et unique science. » Alföldi ne concevait plus l'analyse des souvenirs romains de Hongrie qu'en liaison avec l'ensemble des résultats obtenus par les chercheurs en matière d'art grec, de religions antiques, d'alchimie, d'administration de l'empire romain, d'éco­nomie mondiale, d'ethnographie, d'histoire sociale et de nombreuses autres disci­plines encore. Il apporta témoignage sur témoignage de la naissance où de la renaissance des études hongroises de l'Antiquité élargies jusqu'à l'universalité dans les critères et la problématique adoptés aussi bien par la nouvelle société scientifique que par la revue mentionnée, et cette conception scientifique repensée fit aussi bien place à l'égyptologie qu'aux recherches sur la culture mycénienne, à l'art gréco-étrusco-romain, à l'anthro­pologie, à l'histoire des religions, à l'iconologie ou à l'histoire des costumes. Autre point des plus importants, le programme d'Alföldi s'élève résolument contre tout type de dilettantisme et contre tout ce qui est pseudo-scientifique et relève de la mauvaise foi. D'une part, il est impossible «de renoncer ne fût-ce qu'un instant aux méthodes exactes et précises qui ont été élaborées au siècle dernier ". D'autre part, il s'agit de lutter impitoyablement contre la tendance « d'abattre avec des armes de seconde main des conceptions intellectuelles elles aussi reçues de seconde main», contre «la 'révision' de l'Histoire sur la base de sources amassées petit à petit par les généra­tions précédentes » et contre la tendance d'imposer à la réflexion scientifique « le joug d'un système portant sur l'ensemble de la vie ». Alföldi sut donc voir clairement tout ce qui écraserait dans les décennies suivantes les recherches scientifiques hon­groises, qu'il ne pouvait alors plus imaginer que dans le contexte démocratique d'une science universelle et internationale. C'est pour cela qu'il quitta la Hongrie en 1947, avec au cœur une blessure de nostalgie qui ne guérirait plus jamais et que ne vinrent adoucir ni le professorat à Berne puis à Bâle, ni ses activités à Princeton. Il n'eut aucune difficulté à passer des sujets panonniens aux thématiques universelles. Durant les trente ans et plus de son exil, il publia toute une série d'ouvrages fondamentaux portant sur tous les domaines de l'histoire romaine, du début jusqu'à la fin de celle-ci, en se concentrant de façon

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