Garas Klára szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 58-59. (Budapest, 1982)
KAPOSY, VERONIKA: Dessin de Picasso a Budapest
L'esquisse conservée au Fogg Museum est considérée en général comme annonçant la gouache de 1905, représentant une famille d'acrobates avec un singe (Göteborg). ÍJ En effet, elle s'insère dans l'esprit qui est à l'origine de la composition de Göteborg, le style de la conception et du modelage des personnages correspond à celui du tableau, il n'y a pas de doute que l'esquisse de la figure de la mère et de l'enfant expriment sa première conception. Récemment, dans un ouvrage, édité par Rizzoli à Milan, sur les périodes bleue et rose de Picasso, F. Lecaldano établit des rapports entre l'esquisse du Fogg Museum et une gouache d'une collection particulière parisienne, datant également de 1905, représentant une mère assise, nourissant son enfant. 7 La tête penchée de la femme, la touffe de cheveux détachée de la gouache parisienne remontent à l'esquisse, mais les épaules — l'épaule gauche fortement mise en relief à l'opposé du dessin — la position couchée de l'enfant, le geste des mains, sont déjà modifiés. La fleur mise dans les cheveux, le foulard décoré, la main parée d'une bague, servent à intensifier le charme plaisant de la scène. Le souvenir du visage féminin sur le dessin du Fogg Museum revient encore sur le tableau de Picasso intitulé Baladins, fait également en 1905 (Stuttgart, Staatsgalerie), notamment dans les traits de la jeune fille à tête penchée qui est près du jeune homme assis à la table, vêtu en clown. 8 L'esquisse de Picasso, d'une qualité supérieure et faisant effet d'une oeuvre achevée, est devenue à juste titre le point de départ pour les variantes ultérieures, mais dans le coin droit supérieur de la feuille la figure, dont les contours sont tracés de quelques lignes torchonnées, ne pouvait être la première conception, l'unique antécédent de la mère représentée avec son enfant. La mère avec son enfant, en tant que sujet de peinture, apparaît tôt dans l'oeuvre de Picasso. Ce n'est pas seulement le fond émotionnel qui lui impose ce sujet; ce qui l'attirait c'était de saisir l'intimité, de rendre l'harmonie des gestes conformes à l'atmosphère de la scène, et le rendu des personnages lui offrait de nouvelles possibilités d'expérimenter des poses différentes, des méthodes de composition, des solutions picturales et techniques. Dans les représentations ayant des rapports avec le dessin de Budapest, le geste caressant de l'enfant par exemple a un rôle dans la composition: il relie les personnages et quant au fond et quant à la forme. Ajoutons encore la beauté linéaire particulièrement saisissante du bras de l'enfant, ce qui, dans les gouaches, est souligné par le tracé des contours. Ce geste revient pour la première fois sur un pastel antérieur de Picasso 9 (Intimité, fig. 73) où, dans un milieu bourgeois, deux mères sont assises avec leurs enfants près d'une table. L'une d'elles soulève un peu son bébé qui est sur ses genoux, dans ses cheveux il y a une fleur, comme sur le tableau parisien, cité ci-haut, datant de plus tard. Le visage de l'enfant est en profil. La tenue du corps et de la main de la mère diffère encore de l'attitude typique que l'on voit sur l'esquisse de 1904. Dans l'oeuvre de Picasso deux dessins au pinceau ont encore attiré notre attention, les deux (i Gouache, 104X75 cm., signé: 1905. Göteborg, Kunstmuseum. Zervos I. N° 299, Lecaldano No 165. 7 Mère et enfant, gouache, 65X50 cm., signé: 1905. Paris. Coll. Richet. Zervos XXII. No 141; Lecaldano No 155. 8 Gouache, 90X71 cm., signé: 1905. A l'origine elle était dans la collection de Gertrude Stein. Zervos I. N° 296, Lecaldano No 167. Au revers: une peinture de Picasso, faite en 1902, représentant une femme accroupie. lJ Intimité, pastel, 37X46 cm. Collection particulière parisienne. Zervos I. N° 180, de 1903. Lecaldano No 48, de 1902.