Kaposy Veronika szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 41. (Budapest, 1973)
HARASZTI-TAKÁCS, MARIANNE: Quelques problemes des bodegones de Velasquez
siècle, et phis tard chez Cervantes et chez Quevedo dans un contexte où le valet de ferme n'est pas nécessairement jeune. Un tel figure, par exemple, dans un épisode du Don Quichotte, où la jeune paysanne aisée cherchant son amant prie le «zagal», depuis longtemps au service de son père, de l'accompagner pour retrouver le jeune homme infidèle (Cervantes: Don Quichotte, I, chap. XXVIII). Connaissant les coutumes espagnoles, il semble inimaginable qu'une jeune fille vertueuse quitte la maison de son père en compagnie d'un jeune homme. Il est plus vraisemblable que le mot «zagal» d'origine arabe signifie un valet de ferme qui ne doit pas absolument être jeune. C'est ce qu'atteste aussi le fait (pie le «zagal» s'efforce de déconseiller sa maîtresse d'entreprendre ce voyage risqué et dangereux, proposition que dans une situation semblable un jeune berger n'aurait pas refusée. Qu'il est lui aussi séduit par la beauté de la jeune fille et commence à se faire pressant, ne prouve aucunement qu'il est jeune, puisque c'est la même chose que fait plus tard aussi le paysan qui embauche la fille. Il vaut de retenir que les traducteurs de Cervantes conservent en général l'expression de «zagal», ainsi Louis Viardot, dans sa traduction annotée, parue en 1830 (I, pp. 391 — 392), de même que le traducteur hongrois du roman. On devrait entendre sous cette expression plutôt un serviteur, une personne qui est moins que le maître et dont l'emploi est dans l'espagnol inférieur à celui du berger. On peut donc bien s'imaginer que sous l'expression «dos zagales» on avait compris un muletier ou valet de ferme plus âgé et un plus jeune; 31 ainsi c'est le tableau représentant une jeune bergère et deux muletiers, et dont les dimensions sont presque identiques avec celles du tableau de Budapest — se cachant jusqu'en 1897 en Angleterre — (les dimensions du tableau de Budapest sont 90x112 cm), qui serait celui que Pedro O'Crouley a, en 1795, inscrit dans son catalogue avec la remarque qu'il est l'une des meilleures oeuvres de Velasquez. Que le tableau ait quitté l'Espagne au cours des achats de Buchanan ou directement de Cadiz, est aujourd'hui indémontrable. Il est indubitable que d'une part, selon l'opinion générale au XVIII e siècle, si un tableau arrivait jusqu'à Cadiz, on le considérait comme ayant déjà quitté l'Espagne, vu que les bâtiments anglais faisant escale à Cadiz ont aisément pu l'embarquer. 32 D'autre part, O'Crouley qui lui-même était membre entre autres de la société des marchands d'art écossais, a été sans doute en rapport avec ses collègues étrangers. Au temps des guerres napoléoniennes la ville était entourée d'une blocade anglaise, rien n'était donc plus facile que d'emporter les tableaux en Ecosse, en Irlande ou à Londres. Bien entendu, tout cela ne nous permet pas d'affirmer avec sûreté que le tableau de Budapest, qui est apparu dans la collection d'Edimbourg de A. Sanderson à un moment où Bode et d'autres historiens illustres avaient découvert plusieurs tableaux de Velasquez, serait identique au bodegón que O'Crouley, dans son catalogue, ;il Prosper Mérimée lui-même a pris pour intraduisible l'expression «zagal» et l'a considérée comme un mot qui demande une explication plus ample. Jl ressort de cette explication qu'il comprenait sous le mot un «postier à pied» qui marchait devant un attelage de mulets et conduisait son chemin. Dans ses lettres d'Espagne, l'auteur signale aussi le changement que le mot a récemment (à comprendre vers I 830) subi. «Ce Romero était zagal de son métier ... Le zagal est une espèce de postillon a pied. 11 tient par la bride les deux mules de devant d'un attelage, et les dirige en courant lorsqu'elles sont lancées au galop... Dans les nouvelles diligences, on appelle improprement zagal un homme qui attache le sabot, aide à. charger la voiture, etc.» P r o s p e r .M é r i m é e : Lettres d'Espagne. Paris, 1027, p. 100. 32 En 1781, le coude de Aguila écrit de Séville à don Antonio Bon/, que les seigneurs de Cadiz achètent des tableaux pour décorer leurs appartements, et après il n'y a plus rien à faire. «Car, si une fois les tableaux sont arrivés a ( 'adiz . . . nous savons comment les objets arrivent et partent de là.» Cf. Archivo Kspanol de Arte, 1925, p. 17.