Radocsay Dénes - Gerevich Lászlóné szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 38. (Budapest, 1972)
HARASZTI-TAKÁCS, MARIANNE: Oeuvres de maîtres espagnols du XVe siecle en Hongrie
Sur le panneau singulièrement étroit, devant un fond au dessin de brocart noir verdâtre, se tient debout le jeune noble au visage ovale. Sa chemise dont une manche dépasse la manche retroussée de sa robe verte, ses bas et son bonnet curieux sont rouges. Son manteau bleu doublé d'une étoffe rouge-lilas recouvre son bras gauche jusqu'au poignet. De sa droite il tient une flèche et sur la ceinture est suspendu un glaive. Son costume suit la mode des cours d'Espagne et de France de la seconde moitié du XV e siècle; le coloris très vif jure considérablement avec l'auréole en or s'étalant derrière sa tête, et surtout avec le visage et les mains couleur de pâte. La personne du jeune saint habillé à la mode, bien qu'il tienne la flèche, l'un des attributs de Saint Sébastien, n'était pas facile à identifier. A savoir, Saint Sébastien, à quelques rares exceptions près, en Europe Centrale, aussi bien qu'en Italie fut d'ordinaire représenté nu, le torse percé de flèches, souvent attaché à un arbre, seul, éventuellement en compagnie de ses bourreaux ou des saintes femmes qui le soignent. A l'encontre de cela nous connaissons de nombreuses représentations de ce saint, très populaire dans l'art espagnol du XV e siècle, où semblablement à notre tableau, il figure en tant que noble chevalier (et non en tant que vieux soldat romain comme sur les représentations du XIII e siècle) tenant une flèche ou souvent un arc. 7 Les artistes espagnols, «sauf quelques exceptions, ... ne conçoivent pas Sébastien autrement que vêtu un beau damoiseau richement costumé, soigneusement peigné, aux mains de qui l'arc et les flèches paraissent non plus les attributs du martyre, mais plutôt des objets de divertissement». 8 En Espagne on avait, pendant tout le XV e siècle représenté ce saint sous la même forme que sur le tableau de Budapest. Cette coutume dut survivre même au XVI e siècle, car Pacheco, dans le supplément de son «Arte de la Pintura», y en parlant des représentations de Saint-Sébastien, propose en premier lieu qu'on ne le représente pas comme vieil homme barbu, mais comme un homme âgé de 30 à 40 ans, tel qu'il l'a vu chez les anciens («à visto algunas imagines antiguas»). Il suggère pour modèle son propre tableau figurant Saint Sébastien qu'il avait peint en 1610 pour l'hôpital Saint Sébastien de Alcalà de Guadaira, où une confraternité de la Miséricorde soignait les malades. Sur ce tableau il a peint le saint âgé de 40 ans, vêtu d'un chemise blanche et assis sur le lit d'hôpital, tenant dans la main un pot de soupe et regardant, la main posée sur la poitrine, Saint Irène qui le soigne. A travers la fenêtre ouverte on voit le saint attaché à un arbre qu'on tue à coups de flèche. Les exemples de la peinture italienne ont, au XVII e siècle, déjà fortement gagné du terrain aussi chez les maîtres espagnols qui, à la suite de Ribera, ont représenté le saint toujours nu, tel qu'il est visible, bien qu'avec une toile autour des hanches, sur le tableau de Pacheco. 10 Toutefois, il vaut d'être retenu que dans la peinture espagnole du moyen âge Saint Sébastien — peut être par-ce-qu'il a fourni aux peintres une occasion de représenter un jeune chevalier habillé à la mode, éventuellement sous la forme du saint, le donateur ou un membre de sa famille — figure très souvent sur les tableaux d'autel de toute la péninsule. On ne connaît à peine d'exemples de la représentation du saint 7 Cf. R é a u, L. : Iconographie de l'art chrétien. Paris, 1959, III, p. 1190. 8 R o u c h e s, G. : Le thème iconographique de S. Sébastien vêtu. La Revue d'art, LXI, 1932, pp. 127, 128. 9 Seville, 1649. Publié dans S á n c h e z C a n t, ó n, F. J. : Fuentes literarias para la História del Arte Espanol. Tome IL Madrid, 1933, p. 210. 10 Le tableau a été détruit en 1936, lors de la guerre civile. Publié dans Lopez R e y, J. : Velázquez. London, 1963, fig. XIV.