Radocsay Dénes - Gerevich Lászlóné szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 29. (Budapest,1966)
MOJZER, NICOLAS: Le huitieme tableau de chevalet du Maître MS
En ce qui concerne les types de visages et la force expressive des gestes, la «Déposition de Croix» se rattache plutôt à la «Visitation» qu'à la «Résurrection» ou au tableau de Lille. Ceci est naturel, vu que la «Visitation» était sans doute le panneau du retable de Selmecbánya qui, avec «l'Annonciation» perdue, fut exécutée en premier. En réalisant cette oeuvre grandiose, le peintre se transforma et évolua aussi lui-même considérablement. Il apparaît finalement dans le panneau de la «Résurrection» plus rêveur et plus maniéré, semblablement au portrait de roi du tableau de Lille, et en général aux personnages qui y sont présents. On dirait qu'à force d'avoir tout dit fortissimo, il s'épuisait un peu luimême. La «Déposition de Croix» est, malgré toute sa parenté et sa ressemblance avec les oeuvres postérieures, très éloignée de celles-ci. C'est justement cet éloignemcnt qui montre le mieux qu'elle est un chef-d'oeuvre. A ce qu'il semble, la grande impression que Dürer lui a donnée n'a pas provoqué une cassure dans son style. Le «réalisme héroïque» de l'artiste plus jeune a saisi le maître plus âgé du «réalisme nerveux» qui, tel un jardinier qui plante de nouvelles fleurs dans un vieux jardin, a adopté et assimilé les impressions qu'il reçut. Le tableau de Toruh permet de constater que ce changement n'était pas une digression : il est parti lui aussi des exemples de la peinture néerlandaise qui, surtout par l'intermédiaire de Rogier van der Weyden, ont, dans les années 1460—1470, si fortement fécondé l'art allemand. Contemporain de Schongauer et du maître de l'autel Saint Barthélémy, le Maître MS se rendit lui aussi en Néerlande, et les motifs schongaueriens sont présents ici-là aussi chez lui, tout comme chez Dürer à l'âge jeune. 21 Sa grande faculté d'adaptation et sa souplesse artistique lui permirent d'être dans sa manière spécifique toujours moderne, même à quelques égards, un pionnier. Nous avons récemment cherché à accentuer combien cet artiste était conscient, même logique. Dans le flux élémentaire des sentiments et des passions il nous est jusqu'à présent resté caché combien il était réfléchi et résolu. 22 D'après le tableau de Torun, nous ajouterons encore qu'il était un expérimentateur. Non dans le sens des maîtres de la Renaissance, mais tout à fait individuellement: il fut, au temps de la relève du style, une figure expérimentatrice et attentive de la vieille «génération». Il est presque le contre-exemple du type de l'artiste »Renaissance« italien. Le Maître MS ne sent pas le besoin de rechercher les lois de la perspective: il remplace la tension spatiale par le nourri affectif. Les proportions classiques du corps humain ne l'intéressent guère et rien ne lui est plus indifférent que la doctrine des proportions : il forme ses figures selon leur contenu idéal et poétique, tout en utilisant les résultats les plus récents du dessin et de la peinture de son époque. En reconstituant son oeuvre, nous devons nous attendre à rencontrer des personnages très divergeants, des figures de proportion toujours autres, qui ne sont apparentées les unes aux autres qu' «intérieurement» : par la beauté agitée, passionnément créée, riche en paraboles picturales. Dans l'évolution de l'art du Maître MS c'est la même attitude picturale et intellectuelle qui revêt plusieurs formes très riches : on le reconnaît en premier lieu par son imagination poétique annonçant toujours davantage que le sujet donné. C'est cette imagination particulièrement individuelle qui pousse le peintre à chercher sans cesse des solutions nouvelles et d'expérimenter surtout avec les couleurs. Dans la partie orientale de l'Europe Centrale c'est incontestablement le Maître MS qui, précédemment à l'École du Danube, fut le coloriste le plus grand et le plus varié. Le moyen par lequel il arriva à ce degré était la technique virtuose avec laquelle il donnait aux couleurs à la détrempe une transparence, et qui, par son effet vibrant, correspond à la manière nerveuse et stylisée de 21 M o r e 1 o w s k i, dans son étude citée, remarque très justement que le tableau de Torun représente le même phase du style que dans le même temps l'oeuvre du jeune Dürer, sans toutefois être en rapport avec l'autre. W i n k 1 e r , F. : Albrecht Dürer. Leben und Werk. Berlin, 1957. p. 35. Cf. note n° 7. 6 Bulletin 29 81