Radocsay Dénes - Gerevich Lászlóné szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 22. (Budapest 1963)
KATONA, EMERIC: La Prédication de Saint Jean-Baptiste de Bruegel
nouvelle Jérusalem s'établirait dans l'un de ces pays, cette migration se trouve justifiée. De même qu'ils avaient dévolu aux Turcs l'exécution de l'ordre de Dieu, ceux-ci les traiteront aussi de manière particulière. Le compte rendu du prêtre Stefan Gerlach qui passa à Buda en 1573, déclare que la plupart des habitants de Buda occupé par les Turcs sont luthériens ou anabaptistes. 74 D'après ce qui précède, la présence des Turcs dans le tableau n'est pas due à un simple hasard. De même que les propagateurs anabaptistes n'étaient pas sûrs que la grande destruction finale soit exécutée par des anges ou par des hommes — à la suite d'un ordre spécial venu de Dieu. — Bruegel lui-même hésitait, passant de la doctrine de Hut à celle de Hofmann, et c'est ainsi qu'il représenta la fin du monde. Cette oscillation entre Hut et le melchioritisme n'est pas uniquement un trait de Bruegel et des fidèles qui pensent comme lui, mais un symptôme, un phénomène de l'époque qui est relié à la situation de Flandre après la catastrophe de Münster, avec toute l'incertitude, le chaos des idées constituant un mouvement et persistant, mais aussi à la conception des humanistes de l'époque qui — comme nous l'avons vu plus haut — considéraient les Turcs comme les exécuteurs de la volonté divine. L'identification de Bruegel aux doctrines de Hut et melchiorites indique un degré ultérieur et plus élevé du développement des idées de Bruegel. L'artiste a dû parcourir une longue route pour arriver jusque là. Parmi les motifs qui rendirent Bruegel sensible aux théories melchiorites, les circonstances et les facteurs ayant mûri la guerre d'indépendance des Pays-Bas jouèrent à coup sûr un rôle important. La réaction féodale soutenue par l'étranger, en premier lieu par les Habsbourg, et fortifiée par les Italiens et les Espagnols, s'opposa violemment aux mouvements populaires et surtout aux hérétiques de parti plébéien. Ceci se manifesta par la persécution et la répression des tendances religieuses exprimant et soutenant le mouvement populaire : par l'exécution des hérétiques sur le bûcher, la persécution constante et continue du melchioritisme, et par l'appui du mennonitisme qui établissait, un compromis avec l'ordre social. 75 Ceux qui avaient à coeur le sort du pays comme Bruegel — se sentaient pour ainsi dire coupables, et ressentaient une pesante inquiétude. Ces sentiments créaient un terrain favorable au renouveau des idées chiliastiques. La stabilité apparente de l'ordre, la situation sociale sans issue, l'attente de la fin du monde créaient aussi la msytique spirituelle mais en même temps les couches plébéiennes de la société — avant-coureurs du prolétariat futur — puisaient leur foi dans les idées anabaptistes plus radicales pour la solution des problèmes sociaux, et tout d'abord dans le melchioritisme. L'aggravation à outrance des antagonismes sociaux ébranla la foi que certaines classes et couches de la société avaient dans la stabilisation de l'ordre social. C'est à ce moment que se ranime aux Pays-Bas le melchioritisme, dont les enseignements chiliastes gagnent et expriment l'actualité sociale. Bruegel sentit aussi profondément la désagrégation du féodalisme, sa corruption intérieure et fut en proie à de fréquentes crises morales. Le chaos et la situation sans issue de la société se reflètent dans son tableau «Babel» peint en 1503. Plus tard, en 1508, après l'arrivée du duc d'Albe, lorsque l'élan des forces révolutionnaires se ralentit et que les efforts tendant à l'union des couches et des classes sociales eut échoué, Bruegel fut de nouveau plongé dans le marasme et dans le désespoir. Cet état d'âme se manifeste dans le tableau « Aveugles » qu'il peignit à cette époque 74 S z a 1 a y, L. : Adalékok a magyar nemzet történetéhez a XVI. században (Contribution à l'histoire de la nation hongroise au XVI e siècle). 2 e éd. Pest, 1861. p. 218. 75 Auner, M. : op. cit. pp. 57 — 59 et 116.