Hedvig Győry: Mélanges offerts a Edith Varga „Le lotus qui sort de terre” (Bulletin du Musée Hongrois des Beaux-Arts Supplément 1. Budapest, 2001)
CHRISTIAN JACQ: La conciliation des contraires comme aspect fondamental de la pensée égyptienne
Le célèbre texte "Hier m'appartient, je connais demain; hier, C'est Osiris, demain, c'est Atoum" 40 évoque la position du conciliateur, le ressuscité qui est aujourd'hui dans l'instant d'immortalité. Le processus de conciliation des contraires s'applique également lors de la construction et de la décoration des temples, comme l'a montré G. Englund qui insiste sur le principe de Maât et la pensée du temple, laquelle conçoit la dualité comme intégrant les opposés. 41 Parmi les exemples de conciliation des contraires les plus monumentaux, on doit citer un temple entier, celui de Kom-Ombo qui marque l'alliance, apparemment impossible, entre le faucon Haroeris et le crocodile Sobek. Ils bénéficient d'un seul temple, avec deux entrées et deux chemins menant à un sanctuaire double. Le concept que nous mettons en lumière est déjà présent dans les premières expressions de la symbolique égyptienne, par exemple sur la palette de Narmer, où l'on voit deux hommes tenir en laisse deux animaux fantastiques dont les longs cous s'entrecroisent. 42 Il ne manque pas, dans l'iconographie, de figures centrales flanquées d'une dualité et la conciliant, comme un scarabée entouré de faucons ou un disque solaire de cobras. 43 La conciliation des contraires s'étend jusqu'à ce qu' E. Hornung appelle "la forme composite", alliance impossible entre l'animal et l'humain, et qui nous a pourtant offert quelques-uns des plus beaux chefs-d'œuvre de l'art égyptien. A propos de ces représentations de divinités où entrent en communion une tête d'animal et un corps d'homme, Homung rappelle que "Frankfort propose, avec beaucoup d'à-propos, de les envisager comme des "idéogrammes" ou comme des signes picturaux véhiculant une signification en un méta-langage. Il est possible que les dieux habitent ces représentations... Mais leur forme véritable est "occultée" et "mystérieuse", ainsi que les textes égyptiens le disent continuellement." 44 Le terme maâty, s'interrogeait J. Yoyotte, est-il l'expression de la fameuse "conception systématiquement 'dualiste' qui aurait régi la pensée des Égyp40 C7TV, 193a-c. 41 Cf. G. Englund, The Treatment of Opposites in Temple Thinking and Wisdom Literature, in: G. Englund (éd.), The Religion of the Ancien! Egyptians. Cognitive Structures and Popular Expressions, Uppsala 1989, p. 77. 42 Catalogue officiel du Musée égyptien du Caire, Le Caire 1987, 8b. 41 Voir, par exemple, B.L. Goff, Symbols of Ancient Egypt in the Late Period. Twenty-first Dynasty, The Hague 1979, p. 135-136. 44 E. Hornung, Les dieux de l'Egypte. Le un et le multiple, Paris 1986, p. 97sq.