Hedvig Győry: Mélanges offerts a Edith Varga „Le lotus qui sort de terre” (Bulletin du Musée Hongrois des Beaux-Arts Supplément 1. Budapest, 2001)

CHRISTIAN JACQ: La conciliation des contraires comme aspect fondamental de la pensée égyptienne

tiens et autres primitifs?" Il propose une autre solution: "La doctrine de la double Maât est parallèle à la tradition montrant le dieu soleil jugeant du bord de ses barques de jour et de nuit... Si l'on se rappelle que les barques du soleil étaient surnommées Maât, que Maât, comme toute déesse, est un œil divin, que chacun des yeux du ciel est Maât, que les déesses de l'Orient sont identi­fiées à Maât, le dédoublement de l'ordre unique du monde s'explique assez bien. Les Deux Maât correspondent aux deux moments cosmiques de l'action souveraine du dieu universel qui surveille et juge: l'action diurne et l'action nocturne." 45 À cette analyse peuvent être apportées d'autres éléments. Dans la tombe thébaine de Roy (TT 255), on voit, dans l'un des plateaux de la balance, deux cœurs; et dans l'autre, deux statuettes de Maât. Dans la remarquable tombe d'Arinéfer, à Deir el-Médineh (TT 290), existe une représentation surprenante des deux Maât. La première est une femme assise, une plume fichée dans sa chevelure; ses chairs sont claires, elle tient le sceptre ouas et le signe ânkh. Au-dessus d'elle, la seconde Maât est un personnage masculin, doté des mêmes symboles, mais avec une barbe postiche et les chairs foncées. 46 Les deux Maât sont ici Femme et Homme, dualité manifestée qui trouve sa con­ciliation dans l'être du Justifié, le Maâty, à savoir celui qui accomplit les deux natures de Maât. On pourrait accumuler les exemples et développer le thème de la concilia­tion des contraires dans d'autres directions. Il nous apparaît, à la lueur des faits établis, comme l'un des axes majeurs de la pensée égyptienne, puisqu'il révèle le fonctionnement de l'unité dans ses rapports avec la dualité (Atoum et le couple Chou-Tefnout), de la fraternité cosmique (Pharaon et le couple Horus­Seth), du juste gouvernement (le sema-taouy), etc. Il existe, cependant, une dualité qui ne saurait faire l'objet d'aucune concilia­tion. "Je brise le combat, dit le Justifié, je mets fin au tumulte et je recherche (l'ordre-Maât)." 47 or, Maât ne peut d'aucune manière se concilier avec isft. 4 * Rien ne peut sublimer isft qui reste identique à lui-même et doit être combat­tu en toutes circonstances. 4 * J. Yoyotte, Le jugement des morts dans l'Egypte ancienne, Sources orientales 4, Paris 1961, p. 61-62. 46 Deir el-Medineh, Un village antique en Haute Egypte, dans: M.L. Bouquin (éd.), Grandes Écoles Archéologiques Françaises. Institut Français d'Archéologie Orientale. Le Caire 1984, p. 85. 4- CT VI. I87b-c. 4 * Sur Maât et isft, cf. C. Jacq, op. cit (note 5), p. 31sq.

Next

/
Thumbnails
Contents