Antall József szerk.: Orvostörténeti közlemények 125-132. (Budapest, 1989-1990)

TANULMÁNYOK - ESSAYS - Le Calloc'h, Bernard: Alexandre Csoma de Kőrös n'est pas mort du paludisme

toire traversé et n'évoque à aucun moment la possibilité d'y contracter des fièvres pernicieuses. Il s'étonne de ce que Titaliah „est dite avoir été malsaine" (is said to have been unhealthy), mais remarque en revanche, en approchant de Samdong, dans la montagne, que la jungle au sol spongieux où ils patau­gent des heures durant „a un aspect plutôt sinistre" (is rather dreary looking). 8) En 1829, lors de son voyage vers l'Ouest, le naturaliste français Victor Jacquemont doit traverser à plusieurs reprises des jungles épaisses, repères de fauves et de moustiques. Or, la lecture de son journal nous apprend qu'il y circule de nuit ou au petit jour, c'est à due dans les heures réputées les plus dan­gereuses. Il n'y contracte pourtant aucune fièvre. On pourrait être tenté de mettre son comportement sur le compte de l'ignorance. Tel n'est pas le cas. A la date du 12 octobre 1829, nous lisons dans son journal que, étant à Serampour, „une odeur fade et détestable se répandit tout à coup dans l'air, tandis que nous nous promenions dans le jardin (du rév. William Carey) et se dissipa pareillement. C'était un souffle de l'Ouest qui apportait les émanations des jungles. Chacun s'alarma et cria au „jungle smell" comme on crie au feu. C'était, dit-on, tout ce qu'il faut pour être saisi d'une fièvre pernicieuse". Jacquemont était donc parfaitement informé des risques qu'il courait, et cela d'autant plus qu'il avait fait des études de médecine et avait déjà voyagé en régions tropi­cales, sur le continent américain. Il note encore, à la page 310 de son journal, que le gouvernement de l'Inde anglaise emploie des hommes de peine à abattre des arbres le long des chemins, dans les jungles. Et il ajoute: „Iis y campent tout l'hiver", c'est à due justement dans la saison choisie par Alexandre Csoma de Kőrös pour gagner l'Himalaya au début de 1842. Il ne dit pas qu'ils y contractent les fièvres ni qu'ils y meurent à tout coup 7 . 9) Soixante-dix ans après Csoma, presque jour pour jour, Alexandra David-Neel traverse, elle aussi, le Terai du Sikkim, alors qu'elle se rend à la rencontre du XLTJ-eme Dalai-lama, en exil à Kalimpong. Dans une lettre à son mari datée du 14 avril 1912, elle reconnaît que ,,1'endroit a fort mauvaise réputation au point de vue des fièvres", mais n'en attrape pas pour autant le paludisme, bien qu'elle ait passé deux nuits dans la jugle. 10) Si le Terai du Sikkim était incontestablement une zone impaludée, il faut savon que l'étaient tout autant les vallées de la basse Bhagirati et de l'Hougli, entre Serampour et Cossimbazar. De fin mars à fin novembre, toute cette partie du Bengale était aussi désolée par la malaria. Ne parlait-on pas à l'époque du „delta de la fièvre"? „Peu de pays au inonde sont aussi malsains", devait constater J. Sion dans la description qu'il a laissée du Bengale \ De fait, le paludisme n'a jamais été limité en Inde à la seule région du Terai. Jusqu'à la période con­temporaine, où l'on a pu enfin, avec l'aide décisive de l'Organisation Mondiale de la Santé, utiliser les grands moyens et procéder à une démoustication gigantesque, l'ensemble de la péninsule hindous­tan ique, du cap Comorin aux contreforts de l'Himalaya, a été une zone d'endémie infectieuse. 11) Alexandre Csoma de Kőrös a vécu près de deux ans, de mars 1836 à la fin de novembre 1837, à la lisière même du Terai du Sikkim, lorsqu'il était à Titaliah. dans le haut Bengale. Il s'était installé dans une simple hutte de pisé coiffée de chaume, une „kaccha house" comme on appelle ce genre de construc­tion rudimentaire de la plaine gangétique. Le confort y était des plus sommaires, en dépit des efforts du commandant de la garnison locale, le major Lloyd, pour tenter de l'améliorer quelque peu. C'est là qu'il se consacra au milieu des indigènes à l'étude du bengali et de plusieurs autres langues issues du sanscrit. 7 Vicor Jacquemont, „Voyage dans l'Inde", Finnin Didot Paris 1841, tome II. 8 „Geographie universelle" de Vidal de La Blanche et L. Gallois, tome IX, page 306.

Next

/
Thumbnails
Contents