Antall József szerk.: Orvostörténeti közlemények 125-132. (Budapest, 1989-1990)
TANULMÁNYOK - ESSAYS - Le Calloc'h, Bernard: Alexandre Csoma de Kőrös n'est pas mort du paludisme
ces plaines couvertes de hautes herbes, où erraient des troupeaux d'éléphants sauvages, des rhinocéros et des tigres, suscitaient instinctivement chez beaucoup une peur irraisonnée. En réalité, nous savons depuis le fameux mémoire de Ronald Ross, publié le 9 juillet 1898, que c'est surtout la présence de l'anophèle qui constituait pour les voyageurs un réel péril, du fait de la transmission de la maladie par la femelle de ce moustique 3 , l'hématozoaire ayant été mis en évidence par Laveran en 1880. C'est seulement la découverte fondamentale du rôle de l'anophèle dans le cycle parasitaire par l'italien Grassi en 1898 qui permettra enfin d'élaborer une véritable prophylaxie antipaludique. Néanmoins, il faut aussi rappeler plusieurs choses qui paraissent avoir échappé à la sagacité des biographes d'Alexandre Csoma de Kőrös: 1) Le Terai n'était pas une zone inhabitée. Des populations clairsemées y vivaient. Dans le seul sousdistrict de Siligouri, qui englobait la plus grande partie du Terai du Sikkim -celui qui nous interesse- une cinquantaine de milliers de personnes se répartissaient en plus de sept cents villages, hameaux et fermes. Puisqu'elles y vivaient de façon permanente, et même y survivaient, c'était bien que le danger constitué par ces jungles humides n'était quand même pas aussi grand qu'on l'a dit et écrit dans les différentes biographies de Csoma. Lorsqu'ils en parlent, en effet, ses biographes semblent croire, ou vouloir faire croire, qu'il s'agit d'un territoire inhabitable, d'où toute vie humaine serait bannie, une sorte de pays de cauchemar. C'est une façon très exagérée de voir les choses. 2) La malaria ne sévissait au Bengale, et donc aussi dans le Terai,que pendant environ huit mois de l'année, de fin mars à fin novembre, la rémission correspondant à la saison d'hiver, qui n'est pas seulement une saison relativement plus fraiche, mais aussi plus sèche. En arrivant à Dardjiling le 24 mars 1842, Alexandre Csoma de Kőrös avait donc achevé son voyage à travers les zones impaludées avant le retour prévisible du fléau. C'est d'ailleurs bien certainement dans ce but qu'il avait choisi de ne plus attendre davantage et de quitter Calcutta en février. Il est probable que dans ces conditons il avait peu de chances d'être atteint. 3) Lumbini, le domaine où naquit le futur Bouddha, et une partie du petit royaume sur lequel régnait le souverain de Kapilavastu, son père, se trouvaient dans le Terai qui sépare l'Inde du Népal. Le Bouddha n'en a pas moins vécu quatre-vingts ans 4 . 4) Entre 1814 et 1816, quelques uns des engagements les plus décisifs de la guerre anglo-népalaise se déroulèrent dans le Terai, puisque le conflit avait sa source dans une querelle au sujet de la souveraineté sur une trentaine de villages de cette région, que se disputaient les deux voisins. Pendant une partie des opérations, le capitaine Barré R.W.Latter (à l'initiative de qui l'on doit le fameux „dictioimaire de Serampour" 5 publié en 1826), fit campagne avec son unité dans la zone du Terai et dans ses environs immédiats. Ni lui ni ses hommes n'en furent affectés particulièrement. Il devait mourir plus tard du paludisme, il est vrai, mais c'est à Purnea, bien plus au Sud, loin du Terai, qu'il le contracta, alors qu'il y tenait garnison. 3 Le docteur Ronald Campell Ross était médecin militaire dans l'armée des Indes. C'est lui qui démontra le premier que la transmission de la malaria était due à la piqûre de l'anophèle. Il reçut pour cela le prix Nobel de médecine en 1902. 4 Lumbini est aujourd'hui situé dans le Terai népalais, à proximité de l'Etat indien d'Uttar Pradesh. 5 Barré R. W. Latter, capitaine de la garnison de Titaliah, s'était procuré un vocabulaire tibétain-italien qu'il fit traduire en anglais par un missionnaire allemand, le rèv. Schoeter. C'est le manuscrit inachevé, laissé par ce religieux luthérien après sa mort prématurée, qui servit de base au „dictionnaire bhotanta" publié à Serampour par les pasteurs baptistes William Carey et Joshua Marshman, en 1826. Voir à ce sujet: Bernard Le Calloc'h „Le dictionnaire de Serampour, histoire d'un ouvrage contesté", dans ,J*evue de la Bibliothèque Nationale", hiver 1988.