Csengeryné Nagy Zsuzsa dr. – Doroghyné Fehér Zsuzsa dr. szerk.: A Magyar Nemzeti Galéria Évkönyve 2. szám. (MNG Budapest, 1974)

d'une exposition où il a pu soumettre au jugement des visiteurs son tableau historique aussi, La découverte du corps du roi Louis II. G0 La toile fut achetée. Il semble que la ville qui, trois ans auparavant, avait été le théâtre du détrônement de la maison Habsbourg, témoignait une pro­fonde compréhension pour cette représentation symbolique du deuil national et a pu pardonner à l'artiste les imperfec­tions de sa technique sur lesquelles les critiques d'art pestois avaient tant insisté. Les habitants de Debrecen ont mani­festé à la face du pays leur estime pour l'œuvre et le peintre. Le correspondant du journal Magyar Hírlap (Gazette de Hongrie) a écrit ceci : « Nous voyons avec peine que chez nous l'artiste qui entreprend l'exécution d'une grande œuvre lui demandant beaucoup de temps, exigeant les efforts de son esprit et nécessitant des dépenses considérables, est souvent at­taqué ... Sa composition, bien qu'elle ne soit pas exempte de défauts, porte déjà les marques de la grandeur future de son art. . . On la dénigre mesquinement sans aucun égard à ce que l'on peut attendre d'un artiste de son âge, sans tenir compte du grand nombre d'obstacles qui rendent difficile l'exécution d'une peinture historique. . . » Puis, le journa­liste fait l'éloge de la composition réussie, de sa fidélité à l'histoire ( !) et de son exécution. Enfin, comme ses col­lègues, lui aussi rappelle l'opinion des critiques étrangers. « Si les juges incorruptibles de l'occident civilisé n'ont pas jeté la pierre à l'artiste, bien au contraire, ils ont reconnu la valeur de son œuvre exécutée après une longue prépa­ration et des études consciencieuses, ils ont encouragé le peintre comme il le méritait, raison de plus pour nous autres Hongrois d'agir de même à l'égard de nos compatrio­tes. fil » Il est très probable que l'auteur de l'article s'est entretenu avec Orlai et en étudiant ensemble le tableau, il a pu connaître à fond la conception de l'artiste ou plutôt l'idée que celui-ci s'était faite de son œuvre. Evidemment, nous aussi nous sommes de l'avis d'Orlai. Il s'est imposé des tâches extraordinaires. Son tableau peut être considéré comme une des premières et importantes entreprises de notre peinture historique mettant à l'épreuve le talent de son auteur. Nous approuvons sans réserve l'idée qu'il ambitionnait d'exprimer par son œuvre. Que plusieurs détails soient imparfaits du point de vue de la technique, c'est, en pareil cas quand il s'agit d'une œuvre de cette dimension, au moins pardonnable, surtout si l'on tient compte du fait que l'artiste était au début de sa car­rière et qu'il a exécuté son tableau par ses propres forces sans suivre aucun modèle. Kaulbach avait une tout autre personnalité que Waldmüller. Il est peu probable qu'ayant la charge d'un grand nombre d'élèves il ait consacré une attention particulière au tableau historique du jeune pein­tre hongrois. D'ailleurs, lui-même peignait des composi­tions historiques de grande dimension dans un style étriqué, s'opposant très nettement, par sa manière clas­sique sentant l'académie, même aux peintres allemands de tendance romantique. Pendant que dans la classe de Wald­miiller Orlai avait connu une tendance plus progressiste ou, au moins plus libre et qu'il était encouragé, aidé par son maître, sous la direction de Kaulbach il ne jouissait d'au­cune assistance réelle. Les connaissances académiques qu'il a pu y acquérir dans l'hypothèse la plus favorable étaient plus propres à l'aider dans l'illustration de son thème que dans l'expression de sa conception dramatique de style romantique. Et pourtant c'était cela dont il avait besoin. * Naturellement, notre artiste n'a pas pu rester définitive­ment à Debrecen. Ses ambitions le poussaient à rechercher les moyens de se perfectionner dans la technique de la peinture' 12 . Les Archives de la Galerie Nationale Hongroise sont en possession de plusieurs lettres adressées par Sándor Brodsz­ky à Orlai. Elles nous apprennent qu'Orlai avait confié à la garde de Brodszky ses affaires restées à Munich, surtout les objets à son usage dans l'atelier. C'est également à lui qu'il avait demandé des conseils sur la reprise de ses étu­des. Dans sa réponse, Brodszky a exposé ses principes sur l'art et a fait des remarques très importantes. INous allons citer plusieurs passages de cette lettre. Dans l'introduction il déclare qu'il n'a pas la pratique de la peinture historique ; en donnant quelques conseils, il se croit obligé donc de se tenir dans les généralités. Sa première remarque concerne Waldmüller. Probablement Orlai lui avait demandé son opinion sur son ancien maître. Ce que Brodszky dit à propos de Waldmüller reflète fidèlement, d'une manière très concrète, sa propre concep­tion de l'art si bien que la lettre, malgré certains détails vraiment très généraux, mérite toute notre attention. « Quant à l'enseignement que Waldmüller peut vous donner, permettez-moi de vous demander comment vous pourriez trouver chez lui qui est peintre de genre et encore d'une tendance très personnelle, tout ce dont vous avez be­soin quand, à mon avis, l'enseignement doit s'étendre, autant que cela sera possible, sur des principes généraux. Les autres branches de l'art, en particulier la musique, m'ont convaincu que celui qui veut atteindre à un degré de perfection, doit travailler longtemps avec beaucoup de persévérance et systématiquement, progressant étape par étape. Il ne doit pas reculer devant les exercices mêmes les plus arides et il doit être à même de limiter, dans une certaine mesure, son désir légitime de faire des études qui lui procurent de la jouissance et lui permettent de voir son travail porter immédiatement ses fruits ; c'est en agissant ainsi qu'il aura des notions plus claires et plus profondes et que l'âme vouée à l'étude pourra contempler avec séré­nité son progrès dans la voie qui conduit à la perfection. Par contre, l'enseignement qui, méprisant la méthode et la

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