Csengeryné Nagy Zsuzsa dr. – Doroghyné Fehér Zsuzsa dr. szerk.: A Magyar Nemzeti Galéria Évkönyve 2. szám. (MNG Budapest, 1974)

tails. A l'époque de la survivance de la conception d'un art petit-bourgeois (bidermeyer) le fini était de rigueur. Sou­vent le travail soigné jusque dans les détails de l'artisan était apprécié alors que la manifestation violente de la pas­sion et de l'intuition de l'artiste, son expression peu acadé­mique éveillaient aussitôt la méfiance du public. JNous sommes sûr que nombreux étaient ceux qui se sou­venaient encore de l'article paru à peine trois ans plus tôt et dans lequel Gábor Pap avait violemment attaqué les saboteurs des entreprises révolutionnaires, loué les recher­ches ambitieuses d'Orlai tout en offensant par son mépris Jakab Marastoni. Les réactionnaires n'ont pas oublié, ne pouvaient pas oublier cette critique injurieuse. Ils n'igno­raient pas qu'aux yeux des progressistes les académies étaient les organes de la réaction et les piliers de l'appareil de l'Etat absolutiste comme l'était, en réalité, l'école de Marastoni aussi. Nous insistons sur ce que nous avons déjà dit : cette école comblait une grande lacune, mais elle pré­parait davantage à un métier qu'à la carrière artistique, elle n'encourageait nullement le développement de l'intui­tion et de l'imagination plus complexe des jeunes artistes. En plus, elle était étroitement liée aux organes de l'appareil de l'État. Quand Ferenc Komlóssy professeur peintre com­mençait dans les années 1850 à donner dans cette école un enseignement plus moderne en apprenant à ses élèves à peindre sur le vif, Marastoni l'a fait congédier et plus tard quand Komlóssy avait organisé une nouvelle école, il a réussi à la faire fermer par les autorités. 47 Le troisième fait qui devait déplaire aux critiques qui avaient mis leur plume au service de la propagation des principes admis dans les milieux officiels, c'était la véritable idée du tableau. Orlai n'a écrit nulle part, il ne pouvait pas écrire que son intention secrète quoique bien connue du public et aussi des critiques était d'évoquer par son tableau le souvenir de Petőfi. Or, plus d'un parmi ceux qui montaient alors à la tribune considéraient le poète comme un propaga­teur d'idées subversives. Ils l'avaient regardé agir avec une joie maligne déjà en été 1849 quand il est devenu manifeste que ses idées révolutionnaires étaient vouées à l'échec. Nous ne cachons pas que les protecteurs du peintre eux aussi étaient déçus. Ils ont fait part de leurs observations en lettre et non pas publiquement. Ferenc Toldy qui, com­me nous le savons, était toujours bien disposé à l'égard d'Orlai, n'approuvait pas pleinement le tableau lui non plus et il a communiqué ses réserves à l'auteur. Sa lettre mérite d'être citée, car elle nous fait connaître directement l'opinion d'une des personnalités marquantes de la vie intel­lectuelle de l'époque. 48 « Par où dois-je commencer pour que ma sincérité ne ren­de pas un sujet désagréable plus désagréable encore?... D'abord : Comment avez-vous pu jouer un jeu aussi dou­teux? Faire dépendre d'une seule œuvre tout votre avenir d'artiste ! Et ne demander conseil à personne ! Moi, je ne savais plus de toute cette affaire que le sujet en serait le Cimetière de Mohács et, plus tard, quand l'œuvre était déjà presque terminée, j'ai appris que c'était la découverte du cadavre du roi Louis IL Mon ami, dites-moi, quels sont les mérites du roi Louis II ? Et quel intérêt a la découverte de son corps? On peut plaindre Louis en tant que jeune homme, mais comme roi? Sous son règne la maladie dont souffrait la nation est devenue mortelle et Mohács ne marque que le jour et le lieu de la mort inévitable. Et serait-il permis à celui qui peint un tableau historique d'ignorer l'histoire à tel point comme cela vous est arrivé? Ne sau­riez-vous pas que Louis a été enterré par son valet long­temps avant que le roi János donnât l'ordre de rechercher son corps? La scène que vous vouliez représenter avait eu lieu six semaines après la mort du roi Louis quand son corps portait déjà les marques apparentes de la lividité cadavérique. Et vous, monsieur, vous nous montrez un jeune homme très beau avec toutes les apparences de la vie, un jeune homme qui semble plutôt dormir. D'ailleurs, je comprends votre intention. Vous aimez l'allégorie et en y recourant vous voulez faire comprendre au spectateur que c'était un roi qui avait été découvert. Il y en a qui se deman­dent : D'où viennent ses femmes en pleurs? Voilà une des réserves que font à l'unanimité sur votre tableau tous ceux qui l'ont regardé attentivement parce que c'était l'œuvre d'un artiste hongrois à laquelle on trouve une beauté réelle si on laisse de côté l'idée qu'elle exprime. . . Eh, mon ami, comment avez-vous pu ne pas vous demander quel effet votre tableau ferait sur le public? Pourtant, nous peignons pour le plaisir du public et non pas pour le nôtre. Pendant le temps que votre tableau vous a demandé, vous auriez pu exécuter au moins six petits tableaux ; un ou deux auraient été achetés sûrement par la Société, deux autres, par des particuliers et vous auriez eu de l'argent, vous auriez eu de la renommée ... ! Eötvös a longuement pesé toutes les possibilités. . . Hélas, il n'y a aucune chance, car il n'y a personne qui goûte votre œuvre. Mais, vous ne devez pas vous décourager. Empressez-vous de mériter à nouveau la bonne réputation dont vous jouissiez après avoir fait votre tableau sur le roi István jusqu'à celui consacré à Lajos ; ne vous entêtez pas dans le mal, vainquez­le. Faites un autre tableau, mais plus petit ; envoyez-le. Il vous serait plus facile d'avoir 2000 ou 3000 florins pour une composition qui ne ferait que la sixième partie de celle-ci et en attendant qu'elle soit vendue ce que nous tâcherons d'assurer, faites une deuxième, une troisième composition et davantage. Mais pas d'allégorie (pour laquelle vous avez du penchant comme je l'ai vu maintes fois avec regret), plutôt de la fidélité à l'histoire et à la vie. . . » Après avoir fait connaître l'opinion de Toldy, voyons maintenant celle d'Eötvös. Dans la lettre qu'il a envoyée à l'artiste en octobre 1851, nous lisons ceci : 4i) « Ce qui a nui à votre œuvre, c'était, il faut le dire avec la même sincérité que je demande à mes amis artistes pour

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