Csengeryné Nagy Zsuzsa dr. – Doroghyné Fehér Zsuzsa dr. szerk.: A Magyar Nemzeti Galéria Évkönyve 2. szám. (MNG Budapest, 1974)
permettait aux élèves d'acquérir une technique élémentaire de la représentation et des connaissances du métier assurant à des barbouilleurs une réussite plus sûre dans la carrière qu'avaient ceux qui poursuivaient des buts plus élevés et se faisaient une idée plus noble de la création artistique. Entre le caractère trop pratique de l'enseignement donné à l'école de Marastoni et accepté dans son entourage et l'entreprise héroïque d'Orlai, Gábor Pap a dû reconnaître ces antipodes. Cette découverte l'a certainement poussé à employer un ton aussi acerbe. Cette prise de position violente de Gábor Pap a dû être influencée aussi par le sentiment de solidarité que les rédacteurs du journal, Petőfi et Jókai nourrissaient pour Orlai. Quatre ou cinq ans à peine se sont écoulés depuis qu'ils ont quitté le collège de Pápa où ils avaient médité de beaux projets et voilà Orlai apparaissant devant le monde comme auteur d'une entreprise grandiose étroitement liée aux graves problèmes du destin de la nation. (C'est en 184S et 1846 que Gábor Pap avait étudié le droit et les lettres à Pápa. Après, il s'est rendu à Vienne avec le bagage de connaissances et de dispositions affectives qu'il avait acquises au collège de cette ville. A ceux qui veulent connaître ses idées politiques, nous recommandons de lire un de ses articles consacré au voyage à Vienne de Kossuth et de la délégation de l'Assemblée Nationale Hongroise.) Quand en juillet 1848, l'étude de Gábor Pap paraissait dans le journal Életképek, le certificat que Waldmüller avait délivré à notre artiste est arrivé aussi à Pest. Le voici traduit en français 27 : « Je soussigné F. G. Waldmüller certifie par la présente que Monsieur Petrich, d'origine hongroise, a étudié en qualité d'étudiant libre la technique de la peinture pendant un an et demi et qu'en ce temps court il a prouvé par ses dons remarquables et son application peu commune qu'il a une grande aptitude à la pratique des beaux-arts ; à l'encontre d'autres artistes qui consacrent à leurs études un temps dix fois plus long et qui n'arrivent à égaler ses réalisations sous aucun rapport, ses dons indéniables donnent droit à monsieur Petrich à développer librement son talent dans l'intérêt même de l'art et pour faire honneur par ses compositions grandioses à sa patrie et à ses maîtres. Monsieur Petrich mérite d'être encouragé et de recevoir toute aide ce que je soussigné atteste d'autant plus qu'au cours de ces dix-huit mois j'ai eu l'occasion de connaître et d'apprécier son caractère aussi ; par conséquent, je peux le recommander chaleureusement à tout le monde comme un de mes élèves les plus remarquables. Vienne, le 16 juillet 1848. » Les événements révolutionnaires se succédaient à un rythme de plus en plus accéléré. Un mois avant la publication de l'étude de Gábor Pap dans le journal Életképek, en juillet, Lajos Kossuth avait déjà appelé le peuple sous les armes. Orlai est rentré dans son pays et selon toute probabilité, il a passé le reste de l'année à Pest. Les lettres de Petőfi confirment cette hypothèse. Nous connaissons trois lettres adressées par le poète à Orlai entre octobre et décembre 1848. 28 C'est pendant ces mois qu'Orlai a fait le portrait de Petőfi, grandeur nature. 23 L'œuvre est restée inachevée parce que le poète avait quitté Pest. Malgré son imperfection, elle trahit un soin prudent dans l'exécution, une tendance à idéaliser la figure du poète et les détails de l'intérieur. En plus de cette œuvre, Orlai a dessiné au crayon des portraits très réussis des parents de Petőfi. Sur ces dessins l'expression est plus intime, les lignes sont fermes et le modelé est délicat : ils représentent des caractères très sympathiques. Selon les auteurs d'études antérieures, Orlai aurait pris part à des actions armées, gravé sur pierre quelques scènes de bataille puis, blessé, il se serait retiré dans la maison de ses parents. 30 Nos recherches n'ont pu éclairer jusqu'à présent son rôle dans la lutte pour l'indépendance ni les circonstances dans lesquelles il aurait été blessé. Il est bien probable qu'il a exécuté ses scènes de bataille seulement après la guerre. 31 En juillet 1849, Petőfi, accompagné de sa femme et de son jeune garçon est allé le voir à Mezöberény. Ce n'étaient pas des vacances heureuses sans soucis comme en 1842. Petőfi travaillait à un drame mettant sur la scène Caraffa, juge suprême de la cour martiale d'Eperjes qui devait rappeler, dans la conception de l'auteur, la figure détestée de Haynau. En plus, il a écrit la «biographie » de son fils racontant les événements des deux premiers mois de sa vie. C'est alors qu'il a écrit son dernier poème, Temps terribles, ce dernier cri de douleur que la patrie qu'il croyait perdue lui ait arraché. Entretemps, Orlai a fait un nouveau portrait qui représente le poète assis près d'une table dans un fauteuil décoré de sculptures de style rustique, tenant sa pipe au long tuyau. 32 Sur le portrait précédent (peint dans les derniers mois de l'année 1848) il paraissait solennel dans l'intérieur pestois ; maintenant il paraît plus familier. 33 Sur la table traînent des livres. Sur l'un, nous lisons les premiers vers écrits à la main du poème Une pensée me tourmente. Sous la table, se trouve un recueil de lîéranger. Ce tableau encore est resté inachevé, brossé à grands traits, mais il nous séduit malgré son imperfection. Son coloris nuancé est particulièrement beau, la disposition des détails a été mûrement réfléchie. En somme, c'est une œuvre précieuse non seulement par le sentiment de piété qu'elle suscite en nous, mais aussi par ses qualités artistiques qui ne diminuent pas par le fait qu'Orlai en a exécuté plusieurs répliques à un niveau plus modeste. Bientôt mi-juillet est arrivé quand Petőfi a quitté Mezöberény allant au-devant de son destin tragique. Avant, le départ, il avait confié à Orlai ses documents précieux : sa correspondance avec le général Bem et les manuscrits de ses poèmes écrits à partir de 1847. 34 Peut-être avec l'aide des Orlai aurait-il pu se sauver. Il était l'objet d'une affection fraternelle et d'un attachement patrio-