Csengeryné Nagy Zsuzsa dr. – Doroghyné Fehér Zsuzsa dr. szerk.: A Magyar Nemzeti Galéria Évkönyve 2. szám. (MNG Budapest, 1974)

tique. Il est pourtant parti et peu après il est mort au champ d'honneur. La lutte pour l'indépendance nationale, cette entre­prise grandiose du peuple pour s'assurer la liberté a échoué aussi. Un deuil atroce venait frapper la nation hongroise. Orlai a été le témoin des événements, des représailles inhumaines, des déportations. La patrie n'avait plus d'espoir et lui ne croyait plus à l'avenir de son art. En luttant contre la désillusion, plus héroïque et plus déter­miné que par le passé, il a décidé tout de même de conti­nuer son activité d'artiste que les événements tragiques avaient interrompue. En attendant, il est resté à Mezöberény s'occupant d'affaires de peu d'importance. 35 • Le premier renseignement que nous avons sur la période qui suivit la chute de la lutte pour l'indépendance date du début de mars 1850. Le directeur du Musée National, Ágoston Kubinyi lui a adressé une lettre dans laquelle il lui apprenait que le Musée National avait l'intention de lui acheter son tableau, Le roi saint Etienne et l'assassin exposé dans une salle de l'Académie des Sciences de Hongrie. Il le priait aussi de lui communiquer le prix de la toile, de peindre son propre portrait pour la collection du Musée et de lui faire parvenir des renseignements sur sa vie et son œuvre. 36 Cet honneur lui échut à un moment désespéré quand la politique des milieux officiels tendait à étouffer plutôt qu'à encourager la manifestation du sentiment patriotique. 37 Cette acquisition a pu avoir lieu parce que l'appareil de la dictature militaire assoiffée de vengance ne contrôlait pas de près les dépenses inscrites au budget bien modeste du Musée. C'est seulement en automne 1850 qu'une admi­nistration civile a été établie. Ainsi, cette première pein­ture historique a valu à son auteur une reconnaissance officielle, mais celle-ci n'émanait pas des milieux dont il avait espéré jadis de l'obtenir. Sa cause a été soutenue, en dehors de Kubinyi, par Ferenc Toldy aussi. Il est notoire que ni l'un ni l'autre n'avaient pris part à la révolution. En juillet 1850, Orlai se trouvait à Pest. Julia Szendrey avait fait déclarer officiellement le décès de Petőfi et elle s'est remariée. Orlai a assisté à son mariage et plus tard, dans une lettre, il en a parlé avec amertume. 38 En septembre, il continuait ses études à l'étranger. Cette fois ce n'est pas à Vienne, mais à Munich où nos jeunes artistes espéraient trouver un climat plus libre. Il s'est inscrit dans la classe de Wilhelm Kaulbach. Une lettre datant du mois de décembre nous donne plu­sieurs renseignements sur les circonstances de sa vie. 39 « Je suis à Munich depuis trois mois — écrit-il — et ce temps a suffi pour me faire comprendre qu'ici aussi ce sont des hommes qui vivent. On cherche toujours du meil­leur, on croit, on met son espoir dans l'avenir, mais si on se connaissait mieux, on saurait que toutes ses croyances dans l'amélioration de la vie ne sont que de la folie. . . En venant en Bavière, j'ai constaté que le peuple y était gai et aimable, mais l'ayant connu de plus près, j'ai dû reconnaître qu'il n'était pas capable de plus, si nous ne tenons pas compte de sa passion de la bière. . . Je ne sais pas si j'ai parlé dans ma dernière lettre de Nuremberg où j'étais allé il y a un mois et demi ou deux mois. Celui qui veut voyager en Allemagne aurait tort d'éviter ce centre important de la culture allemande du Moyen Age ; moi-même, consentant quelque sacrifice, j'y suis allé... C'est là qu'avaient vécu le célèbre Dürer, Hans Sachs, Peter Wisser et d'autres dont j'ai visité les demeures. Huit grands ponts sont jetés sur les fleuves et dans la ville se dressent quelques édifices des plus beaux que pos­sède l'Allemagne. Nuremberg m'a plu davantage que Munich. En hiver, je ne bougerai pas d'ici ; je suis inca­pable de prévoir ce que j'aurai à faire ou ce que je ferai. A présent, je travaille à une grande composition dont le thème est la découverte du cadavre du roi Louis mort au champ de bataille à Mohács. Elle aura dix pieds de long et c'est d'elle que dépendra tout mon avenir. » Après, il dit de nouveau qu'il avait fait la connaissance de József Eötvös alors que celui-ci se préparait déjà à rentrer en Hon­grie ; et que pendant leur relation de courte durée, Eötvös avait fait de très bonnes impressions sur lui. « Qu'est-ce que je pourrais vous dire encore? se demande-t-il à la fin de sa lettre. Je n'en sais rien. Je passe toute la journée, du matin au soir et sans exception, dans mon atelier ; et si je sors parfois le soir, c'est que j'ai des idées noires ; ainsi, ma vie simple offre peu de sujets qui mériteraient d'être notés. » Une autre lettre écrite quelques mois plus tard nous donne encore des renseignements intéressants. « Je vis dif­ficilement, mais je n'ai pas à me plaindre des injures du sort. J'ai des soucis et je dépense beaucoup. J'ai deux loge­ments : dans l'un je travaille à mon grand tableau, dans l'autre je vis. Mes dépenses s'en trouvent considérablement augmentées. C'est le mal nécessaire que je ne peux pas éviter, mais l'espoir que j'ai dans mon avenir m'aidera à le vaincre. J'aurai terminé mon tableau dans deux mois en­viron et il se peut que je le présenterai au Salon. En plus de cette grande composition, je travaille à d'autres, plus petites et le soleil se levant ou se couchant me trouve toujours assis sur mon chevalet. Je ne peux pas vous dire si je rentre en Hongrie quand j'aurai fini mon tableau ; c'est bien incertain. Si le sort ne s'oppose pas à mes pro­jets, je ferai un séjour d'un mois à Paris. » Pour terminer sa lettre, il rend compte du concert d'un orchestre munichois interprétant des œuvres classiques. Il raconte comment le concert s'est déroulé et énumère les personnalités qu'il y a aperçues. Les lettres d'Orlai sont belles ; elles nous font penser aux écrits des étudiants hongrois qui, dans un passé

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