Csengeryné Nagy Zsuzsa dr. – Doroghyné Fehér Zsuzsa dr. szerk.: A Magyar Nemzeti Galéria Évkönyve 2. szám. (MNG Budapest, 1974)
QUATRE CENTS ŒUVRES INCONNUES DE BÉLA UITZ Le 21 mars 1969, fête du cinquantenaire de la proclamation de la République des conseils en Hongrie, Béla Uitz fit don à la Galerie Nationale Hongroise de 400 œuvres inconnues jusqu'à cette date. Ces cartons constituent une partie considérable de son œuvre qui comprend environ 1500 compositions. Ils permettent de connaître plus intimement une œuvre qui avait survécu aux épreuves, vicissitudes et combats des années d'émigration du peintre et qui fait, aujourd'hui, partie intégrante de l'art hongrois depuis la première exposition en 1968 des créations du Maître quand la Galerie Nationale Hongroise avait acheté pour son Département d'œuvres graphiques un grand nombre d'œuvres exposées. Les compositions, esquisses exécutées à Vienne, à Paris et en Union Soviétique nous aident à pénétrer les secrets de l'atelier de Béla Uitz et à mieux connaître son activité dans les domaines les plus divers, en particulier dans les années 1920 et 1930. L'émigration n'avait pas interrompu le travail d'Uitz ; elle n'avait pas contraint le peintre de recommencer, ni de s'orienter vers d'autres genres comme cela s'était produit après 1919 chez plusieurs artistes hongrois, dont Kassák, par exemple. La déception provoquée par la chute de la République des conseils ne l'avait pas mis dans un état d'âme désespéré, sans issue. A Vienne, il avait rejoint le groupe des émigrés hongrois, organisé des visites commentées dans les musées en profitant lui-même de ces promenades pour étendre le cercle de ses connaissances et pour se mettre à créer dans des conditions plus favorables. L'événement qui avait ranimé son élan révolutionnaire fléchissant dans les moments de dépression et qui avait fait de lui un artiste engagé pour toute sa vie, c'était le troisième congrès du Komintern en 1921 à Moscou où il s'était rendu passant par Berlin et Leningrad, centres du mouvement révolutionnaire international. Il avait fréquenté avec assiduité les réunions et la logique simple des discours prononcés par Lénine l'avait séduit, « Ce fut mon école supérieure. Et c'est en son souvenir que j'ai écrit mon premier poème, La grande fête de Moscou » — dira-t-il plus tard. 1 Son séjour à Moscou avait élargi son idéologie de classe, enrichi son art de motifs et de formes et préparé le déploiement futur de ses composantes. En étudiant la période viennoise de son œuvre (Fig. 74), nous remarquons que le point de départ de la recréation artistique lui était fourni par les personnes et les objets qui l'entouraient dans sa vie de tous les jours. C'est ainsi que les formes banales d'une cuisinière ou d'une tasse (Fig. 75) entraient dans une compositions abstraite en tant qu'éléments constructifs traités selon la technique du cubisme. L'exemple d'une recherche analogue nous est donné par le Collage à la tasse de Picasso (1912) 2 , mais nous jugeons nécessaire de noter qu'Uitz, fort de ses dons et fidèle au programme des artistes activistes, ne s'est jamais laissé séduire par aucun isme. L'étude de l'art du passé auquel il mesurait son œuvre était chez lui une analyse consciemment poursuivie, prenant souvent un caractère scientifique. Aussi, ignorait-il le problème de Kassák qui avait précédemment prévenu les artistes du danger de retourner au passé, du danger du classicisme. 3 L'étude de l'ensemble architectural du Kremlin et de l'art somptueux des icônes ornant les cathédrales n'a fait qu'aider Uitz à se rendre compte des possibilités et des moyens que les couleurs et les formes offraient au peintre ; elle a dû faire sur lui la même impression que la découverte de l'art plastique nègre avait exercé, au début du siècle, sur les peintres français. Les esquisses brossées à Moscou 4 ont préparé la genèse et l'exécution à Vienne de tableaux abstraits expressifs qui doivent leur tension caractéristique à leurs lignes de force et aux contrastes accusés des tonalités. UAnalyse d'icône russe (Fig. 76, F 69.344) ainsi que celle de la coupole de Vassili Blajeimi, la plus belle église de Moscou, une étude à l'encre de Chine sur laquelle l'imposante surface du carton est entièrement remplie de lignes ayant pris la forme de jets de flammes (Fig. 77, 69.383) sont composées, l'une et l'autre, sur un système de triangles et de cercles. Par l'interprétation dans un esprit expressif de l'art médiéval, Uitz s'apparente à plusieurs artistes russes qui débutaient au tournant du siècle. Parmi les maîtres français du XX e siècle plusieurs se sont adressés au Moyen Age pour étudier les œuvres de l'époque en partant des principes du cubisme analytique. Les compositions de L. Feininger et de J. E. Laboureur superposées selon la déviation des rayons lumineux correspondent assez bien à la conception d'Uitz. R. Delaunay, peintre cubiste-orphique a publié, en 1926, une série de lithographies dont le sujet était l'église Saint-Séverin ; à la même époque, Uitz étudiait aussi l'ordre architectural des cathédrales gothiques de France, ordre issu de l'emploi d'un système de voûtes se couvrant de multiples arcs ogifs. Il a fixé, au moyen d'études au crayon, à l'encre de Chine, au lavis, les enseignements qu'il avait tirés de ses observations pour la construction du tableau et les inspirations qu'il avait reçues. Ainsi, il a abouti aux mêmes règles qu'il